S'il n'existait pas, il faudrait l'inventer. Chaque fin d'hiver depuis 35 ans déjà (de 1982 à 2017, 35 années pour 36 éditions), le Festival International du Film d'Animation prend ses quartiers bruxellois à Flagey pour un festin cinéphile à même de ravir tous les âges. Ateliers pour enfants, rencontres, conférences, activités pédagogiques, expositions, stand photo, maquillage, focus sur l'Italie et le Portugal, réalité virtuelle, liens entre bande dessinée et cinéma d'animation, sélection gourmande de courts métrages, nuit animée... Le programme de cette 36e édition teintée de psychédélisme -d'où cette chouette affiche aux vertus lysergiques concoctée par le Belge Nicolas Fong- est proprement rabelaisien. À tel point que plusieurs visites sur le site officiel de l'événement ne suffisent pas à en faire le tour, ni à en épuiser les possibilités. En bon petit marathonien du visionnage, Focus s'est penché sur le menu des longs métrages. Soit, dans l'ordre de leur passage à Anima, dix bonnes raisons d'aller traîner à Flagey entre le 24 février et le 5 mars prochains.
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S'il n'existait pas, il faudrait l'inventer. Chaque fin d'hiver depuis 35 ans déjà (de 1982 à 2017, 35 années pour 36 éditions), le Festival International du Film d'Animation prend ses quartiers bruxellois à Flagey pour un festin cinéphile à même de ravir tous les âges. Ateliers pour enfants, rencontres, conférences, activités pédagogiques, expositions, stand photo, maquillage, focus sur l'Italie et le Portugal, réalité virtuelle, liens entre bande dessinée et cinéma d'animation, sélection gourmande de courts métrages, nuit animée... Le programme de cette 36e édition teintée de psychédélisme -d'où cette chouette affiche aux vertus lysergiques concoctée par le Belge Nicolas Fong- est proprement rabelaisien. À tel point que plusieurs visites sur le site officiel de l'événement ne suffisent pas à en faire le tour, ni à en épuiser les possibilités. En bon petit marathonien du visionnage, Focus s'est penché sur le menu des longs métrages. Soit, dans l'ordre de leur passage à Anima, dix bonnes raisons d'aller traîner à Flagey entre le 24 février et le 5 mars prochains. La star -humble et discrète, en l'occurrence- d'Anima cette année, c'est lui: Jean-François Laguionie. L'événement s'ouvrira en effet avec Louise en hiver, son nouveau film, étonnant "survival" gériatrique à l'introspection quasi funèbre nourri par ses propres souvenirs d'enfance. Puis il se prolongera avec un focus retraçant un demi-siècle d'un art inscrit au confluent de la poésie et de l'onirisme propres à une certaine tradition française -Laguionie a fait ses classes aux côtés de Paul Grimault, le réalisateur culte du Roi et l'oiseau. Au programme: ses courts (La Demoiselle et le Violoncelliste, L'Arche de Noé...), ses longs (Le Château des singes, L'Île de Black Mór...) et un beau portrait documentaire à coeur ouvert (Le Rêveur éveillé). Costaud! Des Anglais de Aardman aux Américains de Laika, de Ma vie de courgette à Anomalisa, les exemples récents se bousculent qui témoignent de la belle vigueur du cinéma d'animation en volume ou stop motion (image par image). Basée à Oslo, la société de production norvégienne Qvisten y va de sa propre contribution, résolument artisanale, avec cette nouvelle adaptation de l'univers du fameux auteur et illustrateur scandinave Kjell Aukrust qui embarque hommes et animaux dans une grande aventure médiatisée opposant deux villages voisins. Singulièrement loquace, un mix parfois assez inattendu de délires enfantins et d'absurde très adulte débouchant sur une apologie d'un vivre-ensemble à construire à l'abri de toute tentation concurrentielle. Le réalisateur coréen de The King of Pigs a réalisé l'an dernier son premier long métrage en prises de vue réelles, Dernier train pour Busan, formidable film de morts-vivants speedés -petit sacrilège en soi- oscillant entre mélo pur jus et horreur ferroviaire. Auparavant, il s'était fendu de ce Seoul Station qui en constitue en fait le prequel animé. Comme dans tout bon film de zombies, l'intrigue, qui remonte aux origines de l'épidémie, est ici prétexte à la production d'un commentaire social sans appel. Cruel, tendu, frontal et mâtiné d'un humour coréen un peu taré, Seoul Station épingle ainsi la violence et les failles d'un système broyeur de vies sous-tendu par l'injustice et les inégalités, en appelant dans le sang à des valeurs solidaires. Diffusé par l'indispensable cinéma Nova à Bruxelles en décembre dernier, le nouveau film du désormais septuagénaire Bill Plympton, enfant du dessin de presse à l'univers trash et dingo dominé par la flexibilité "cartoon" des corps, s'offre une seconde chance à Flagey dans le cadre d'Anima. Soit, quelque part entre Sons of Anarchy et Kill Bill, une vicieuse histoire de vengeance chez les bikers plongeant avec un sens consommé du délire convulsif dans les tréfonds de l'Amérique crado de la marge. Certes pas tout à fait aussi abouti que L'Impitoyable Lune de miel ou que Les Mutants de l'espace, sommets de la filmo plymptonienne, Revengeance n'en multiplie pas moins les moments d'anthologie arrosés d'un humour au vitriol. Un objet déviant, allumé et furieusement pop! Quoi de plus fendard qu'une bonne grosse bataille de boules de neige pour oublier les rigueurs de l'hiver? Les enfants, dès 5 ans, devraient logiquement prendre leur pied avec celle qui noyaute La Guerre des tuques, même si un fin voile de mélancolie recouvre ce remake animé d'un grand succès populaire du cinéma québécois des années 80 -La Guerre des boutons de Pergaud n'est jamais bien loin... La chose vaut moins pour son esthétique numérique, réfrigérée, que pour l'accent et l'énergie qui enflamment toute cette marmaille rivalisant d'ingéniosité et de malice pour se mettre sur la tronche. Par contre, Céline Dion qui s'époumone en bande-son sur des questions de vie, de mort et d'infini, ce n'était pas vraiment nécessaire. "Un film écrit avec des dessins par Sébastien Laudenbach." La formule est tout sauf anodine, puisque le Français a improvisé dans l'épure et la grâce cette adaptation des frères Grimm, entièrement peinte à la main, à la manière d'un grand boeuf jazz. À la liberté souveraine vers laquelle tend tout entière son héroïne, fille d'un meunier aveuglé par l'idée de jouir de son trésor, répond ainsi celle, lumineuse, d'une esthétique s'autorisant toutes les beautés sauvages. Seul bémol: il manque peut-être parfois un peu de rythme à l'ensemble, même si la partition d'Olivier Mellano imprime au récit une grisante pulsation d'aventure. Portée par le goût de l'inédit et de l'indéfini, une fable féroce et amère sur les revers déshumanisants de la fortune. Paul Rudd, l'alter ego du pape de la comédie US Judd Apatow, prête sa voix à l'un des deux protagonistes en quête désespérée de notoriété -un glandu aspirant scénariste et un minable aspirant acteur- de cette satire sans foi ni loi de la lose dorée à point sous le soleil impitoyable de Los Angeles. Entre pathétiques petites combines foirées, délires obscènes et improbables digressions geek, il y a quelque chose du Kevin Smith de la moins mauvaise période (Clerks, Jay and Silent Bob) dans ce concentré branleur de culture populaire décérébrée écrit et produit par Andrew Kevin Walker, le scénariste du Sleepy Hollow de Tim Burton. Régressif, ubuesque et teigneux: c'est vraiment très très con, donc aussi très très bon. La Tortue rouge, sublime premier long métrage à l'ambition cosmique, a unanimement consacré Michael Dudok de Wit en Terrence Malick du mouvement dessiné. Modèle de zénitude et d'épure, le film fait à nouveau l'objet d'une projection à Anima, en complément de laquelle on conseille d'aller voir ce patient portrait documentaire du réalisateur batave, grand enfant rêveur doublé d'un perfectionniste maladif à qui l'on doit aussi les courts Le Moine et le Poisson ou, bien sûr, Father and Daughter. Insatisfait chronique se débattant avec son impossible idéal artistique, Dudok de Wit y déclare par exemple, en plein processus créatif de sa Tortue: "Ça ne m'intéresse pas de faire un bon film, je veux qu'il soit formidable." Pari tenu, donc. "Ma mère et mon père n'avaient vraiment rien d'extraordinaire, témoigne Raymond Briggs, l'auteur du fameux Bonhomme de neige, dans une brève intro en prises de vue réelles. Mais je voulais me souvenir d'eux en racontant leur histoire." L'adaptation pudique du roman graphique qu'il leur a effectivement consacré, best-seller de l'autre côté de la Manche, fera la clôture du festival en présence du réalisateur Roger Mainwood. Brenda Blethyn et Jim Broadbent prêtent leur voix aux personnages, et il semble à vrai dire émaner quelque chose du cinéma de Mike Leigh (on pense beaucoup à son Another Year) de cette peinture sociale (très) british balayant l'histoire du XXe siècle par la lorgnette d'un couple de condition modeste. Charming. Libre et inventif, le foufou Jun, la voix du coeur (à partir de 12 ans) est objectivement trop orienté "shojo" pour nous plaire, mais devrait ravir les adolescent(e)s friand(e)s du genre (et de la série Glee). Côté nippon toujours, on guettera par contre avec beaucoup de curiosité la projection de In This Corner of the World (à partir de 10 ans), qu'il ne nous a pas été possible de voir à l'heure de boucler ces lignes. Soit, dans le Japon des années 40, les affres de la guerre vues à travers le prisme d'une famille traditionnelle lambda qui va connaître la tragédie d'Hiroshima... Certaines rumeurs parlent déjà de Sunao Katabuchi, son réalisateur, comme du fils spirituel d'un Isao Takahata (Le Tombeau des lucioles). On demande à voir. 36E FESTIVAL ANIMA, DU 24/02 AU 05/03 À FLAGEY (MAIS AUSSI À LA CINEMATEK ET AU CINEMA RITCS), BRUXELLES. DÉCENTRALISATION À ATH, CHARLEROI, LIÈGE, MONS, NAMUR, ANVERS, GAND, LOUVAIN, GENK. WWW.ANIMAFESTIVAL.BE