La peinture n'a jamais cessé d'inspirer le cinéma. Et de manières différentes. Pour des films biographiques consacrés à des peintres, d'abord. à l'exemple de Van Gogh qui aura suscité le meilleur du cinéma hollywoodien (Lust for Life de Vincente Minnelli, en 1956) et français (Van Gogh de Maurice Pialat, en 1992). Mais aussi comme influence esthétique directe, tel le même Van Gogh dont Kurosawa s'inspire à la lettre pour un épisode de son Dreams de 1990. Le film entrant, pour l'occasion, dans un tableau précis, Champ de blé aux corbeaux. Le plus intéressant n'en reste pas moins la situation inverse, celle où un tableau entre dans un film pour y jouer un rôle dramatique, par-delà toute considération de style, et ainsi devenir un élément à part entière du récit. Du délire fantastique The Picture of Dorian Gray (1945) d'Albert Lewin à la toile menaçante de fatum des Fantômes d'Ismaël (2017) d'Arnaud Desplechin, en passant par le "ve...

La peinture n'a jamais cessé d'inspirer le cinéma. Et de manières différentes. Pour des films biographiques consacrés à des peintres, d'abord. à l'exemple de Van Gogh qui aura suscité le meilleur du cinéma hollywoodien (Lust for Life de Vincente Minnelli, en 1956) et français (Van Gogh de Maurice Pialat, en 1992). Mais aussi comme influence esthétique directe, tel le même Van Gogh dont Kurosawa s'inspire à la lettre pour un épisode de son Dreams de 1990. Le film entrant, pour l'occasion, dans un tableau précis, Champ de blé aux corbeaux. Le plus intéressant n'en reste pas moins la situation inverse, celle où un tableau entre dans un film pour y jouer un rôle dramatique, par-delà toute considération de style, et ainsi devenir un élément à part entière du récit. Du délire fantastique The Picture of Dorian Gray (1945) d'Albert Lewin à la toile menaçante de fatum des Fantômes d'Ismaël (2017) d'Arnaud Desplechin, en passant par le "vermeerien" Girl with a Pearl Earring (2004) de Peter Webber, le thriller à l'escroquerie The Best Offer (2013) de Giuseppe Tornatore et l'imposture du Big Eyes (2015) de Tim Burton. Sans oublier bien sûr le parcours à énigmes de Da Vinci Code (Ron Howard, en 2005) et la fresque restaurée par Geneviève Bujold dans l'admirable et bouleversant Obsession (1976) de Brian De Palma. S'il est un genre fertile à l'intégration de tableaux dans sa dramaturgie, c'est évidemment le film noir. Le sublime Laura (1944) d'Otto Preminger venant immédiatement à l'esprit, avec son enquêteur tellement fasciné par un portrait qu'il tombe amoureux de celle qui y est représentée et est présumée morte, assassinée... Mais il faut aussi souligner le vénéneux Scarlet Street (1945) de Fritz Lang, où un peintre amateur (Edward G. Robinson) s'éprend passionnément d'une femme manipulatrice (Joan Bennett) dont l'amant revend en douce et à son profit les portraits qu'il fait d'elle. Et bien sûr The Woman in the Window, réalisé l'année précédente par le même Lang, avec le même duo d'interprètes. Cette fois, l'homme est professeur de psychologie et tombe amoureux d'une femme dont il voit le portrait dans une vitrine. Avec à la clé un meurtre et une chasse à l'homme... Comment ne pas évoquer aussi The Locket (1946) de John Brahm, dans lequel Robert Mitchum joue un peintre faisant de sa bien-aimée (Laraine Day) un portrait mystérieux, captant inconsciemment la complexité d'une kleptomane affabulatrice. Ou The Dark Corner (1946 aussi) de Henry Hathaway, où un marchand d'art épouse une femme pour sa ressemblance avec le modèle de son tableau préféré... Chacun de ces films reprenant le thème de la femme fatale si cher au genre noir et dont le chef-d'oeuvre d'Alfred Hitchcock Vertigo (1956) portera un peu plus tard la trace, avec son portrait de Carlotta au chignon copié par Kim Novak, dans lequel plonge comme dans un abîme notre regard aussi fasciné que celui de James Stewart.