Son nom au générique d'un film annonce bien souvent un blockbuster, doublé d'un bon (voire très bon) film. David Koepp -prononcer "Kèp"- est sans nul doute le scénariste le plus demandé de ces 25 dernières années. Tout a commencé en 1993, quand Steven Spielberg lui confia l'adaptation du roman de Michael Crichton Jurassic Park. La liste des cartons qui suivirent va de Mission: Impossible (Brian De Palma, 1996) à Angel and Demons (Ron Howard, 2009), en passant par The Lost World: Jurassic Park (Spielberg encore, 1997), Spider-Man (Sam Raimi, 2002), War of the Worlds (Spielberg toujours, 2005), Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull (Spielberg bien sûr, 2008). Et si certains de ses meilleurs scripts n'ont pas engendré des triomphes au box-office ( Panic Room pour David Fincher, Carlito's Way et Snake Eyes pour De Palma), Koepp n'en reste pas moins une référence absolue. Qui d'autre pourrait signer le scénario du prochain Indiana Jones, promis pour 2020?
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Son nom au générique d'un film annonce bien souvent un blockbuster, doublé d'un bon (voire très bon) film. David Koepp -prononcer "Kèp"- est sans nul doute le scénariste le plus demandé de ces 25 dernières années. Tout a commencé en 1993, quand Steven Spielberg lui confia l'adaptation du roman de Michael Crichton Jurassic Park. La liste des cartons qui suivirent va de Mission: Impossible (Brian De Palma, 1996) à Angel and Demons (Ron Howard, 2009), en passant par The Lost World: Jurassic Park (Spielberg encore, 1997), Spider-Man (Sam Raimi, 2002), War of the Worlds (Spielberg toujours, 2005), Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull (Spielberg bien sûr, 2008). Et si certains de ses meilleurs scripts n'ont pas engendré des triomphes au box-office ( Panic Room pour David Fincher, Carlito's Way et Snake Eyes pour De Palma), Koepp n'en reste pas moins une référence absolue. Qui d'autre pourrait signer le scénario du prochain Indiana Jones, promis pour 2020? "Tout a commencé sur le campus de l'UCLA (1) où j'étudiais le cinéma", raconte celui auquel la Cinematek consacre un important hommage jusqu'à la fin du mois de mai. "Au départ, je ne visais pas spécialement une carrière de scénariste mais bien de réalisateur. Écrire des scénarios pour d'autres était juste un choix réaliste pour amorcer les choses, pour me faire connaître en attendant de réaliser moi-même. L'écriture était aussi, et peut-être surtout, quelque chose que je sentais pouvoir contrôler. Je n'avais pour ça besoin de la permission de personne! Ni non plus besoin d'argent, d'aide de collaborateurs, de logistique à maîtriser. À l'époque, que je nommerais "ère pré-digitale", vous aviez besoin de sacrément beaucoup de sous pour l'équipement, la pellicule et son développement..." Les choses se sont vite enchaînées, Koepp a vu son premier script (Apartment Zero) mis en production alors qu'il n'avait que 24 ans. "Il y avait du bon et du moins bon à commencer si jeune, commente-t-il aujourd'hui, carsi c'était très cool de pouvoir apprendre tout en travaillant, le mauvais côté c'était que les échecs devenaient publics, visibles de tous. Ça m'a donné des leçons de vie, en plus de celles concernant l'écriture et le cinéma... J'aurais sans doute aimé garder mes erreurs pour moi, mais je ne vais pas me plaindre, j'ai eu un départ de rêve!" David Koepp est volontiers relié à ce qu'on appelle le New New Hollywood, en référence au New Hollywood qui émergea tout à la fin des années 60 et qui changea la face de l'industrie américaine du cinéma dans la décennie suivante. "Il y a plusieurs manières de considérer le New Hollywood, pose d'emblée le scénariste, selon que vous privilégiez la voie ouverte en 1969 par Easy Rider et qui incarne la prise de pouvoir des réalisateurs indépendants par rapport aux studios jusqu'alors tout-puissants, ou que vous suiviez celle -très différente- de Jaws et Star Wars qui, certes, sont le fait de cinéastes aspirant au contrôle de leur travail -pour autant qu'on puisse parler de contrôle quand on doit travailler avec un requin mécanique...-, mais visant essentiellement un succès public qui rapportera d'énormes profits aux studios." Il y a donc deux versions du New Hollywood, "le concept de New New Hollywood impliquant les réalisateurs qui ont grandi en regardant les films du New Hollywood". "Comment être un cinéaste de ma génération sans s'être nourri par exemple du travail d'un Steven Spielberg? À un certain moment, Steven était comme imparable, comme s'il savait exactement où frapper dans le cerveau du spectateur, et à l'échelle d'un très vaste public! Beaucoup de réalisateurs plus jeunes ont voulu s'en inspirer. Quoi de plus logique?" Koepp, qui a participé de près à l'émergence du phénomène, ne peut pas parler du New New Hollywood sans évoquer "ces franchises en nombre de plus en plus important et qui dominent Hollywood alors qu'il n'y en avait presque pas jusqu'il y a une vingtaine d'années, ces séries de cinq, six ou sept films sur le même sujet et dont l'impact commercial est devenu gigantesque. Il y a toujours eu des "serials", à l'époque du muet, dans les années 40, mais jamais à l'échelle que nous connaissons aujourd'hui en termes de budgets comme de profits! Il y a heureusement aussi dans le New New Hollywood une veine authentiquement indépendante, où des films peuvent être montés avec des budgets réellement modestes et emprunter des canaux de distribution particuliers. Vous savez, Hollywood change tout le temps. Et il meurt tout le temps, aussi! Au sein de l'industrie comme à ses marges, on en parle encore en ce moment même, de la mort de Hollywood..." Le cinéma des années 40 est la période préférée de David Koepp. En bonne partie pour la place qui fut alors réservée au cinéma de genre. "Dans les Forties on a pu assister à une énorme explosion de créativité, d'idées, de liberté. Mon ami David Bordwell y a consacré un livre qui s'intitule Reinventing Hollywood (2) et qui explique comment les réalisateurs de l'époque ont changé la manière de raconter une histoire au cinéma. Mes genres favoris sont le film noir et les films de guerre, deux genres qui -je le crains- n'inspirent guère le Hollywood d'aujourd'hui. On en fait peu, et sans y consacrer l'énergie et les moyens qu'ils mériteraient pourtant tellement. Et c'est une honte car quand vous interrogez les gens sur les plus grands films de l'Histoire du cinéma, ce sont très souvent des films de genre qui s'imposent. N'oubliez jamais que The Godfather est un film de gangsters, que Rosemary's Baby est un film d'horreur, que Chinatown est un film noir... Hollywood n'a malheureusement pas comme priorité d'y revenir. Il se concentre sur les films d'épouvante à petit budget et sur les franchises... Entreprendre un thriller avec une star majeure, un super réalisateur et un super scénariste demanderait trop d'argent pour un return incertain. Le dernier thriller de qualité que je peux mentionner est Gone Girl (de David Fincher), et c'était il y a cinq ans, déjà..." Est-ce un hasard si une des collaborations les plus fécondes et harmonieuses de Koepp reste celle avec Brian De Palma, grand défenseur du cinéma de genre? "Les trois films que nous avons faits ensemble furent des collaborations intenses. Sur Snake Eyes , nous avons développé l'idée ensemble avant que j'écrive le scénario. Plus globalement, j'ai pu appliquer de manière très étendue avec Brian mon credo selon lequel il me faut écrire en ayant bien présent à l'esprit ce qui fait la personnalité d'un réalisateur et son style visuel. Je m'efforce d'écrire en fonction de ce qu'il va pouvoir faire du matériau scénaristique, d'imaginer ce que telle ou telle scène va lui inspirer sur le plan formel, esthétique." Il est de notoriété que la fin de Snake Eyes dut être changée en cours de travail. "La fin initiale, une fois tournée, ne fonctionnait simplement pas, même si je la préfère personnellement sur le plan du concept, avec sa vague géante qui arrive et efface tout, nettoie tout (3), commente le scénariste . Il faut parfois attendre les premières projections tests devant un public pour s'apercevoir de ces choses. Le cinéma est un processus en évolution constante, les films changent en même temps qu'ils se font. Dans Jurassic Park , l'idée du T. rex revenant à la fin est venue à Spielberg en plein milieu du tournage. Nous avions une autre fin de prévue, avec les velociraptors, mais le T. rex fonctionnait si bien et était devenu un personnage si important dans l'histoire que Steven m'a dit: "Il faut que nous utilisions le "big guy" pour la fin du film!" Beaucoup en Europe pensent qu'il existe une méthode américaine pour écrire un scénario, et qu'il faut s'en inspirer pour faire des films qui fonctionnent aux yeux d'un large public. Cela fait sourire David Koepp, pour qui "la structure du récit en trois actes, qu'on nous attribue généreusement à nous autres Américains, se trouve déjà dans les tragédies grecques de Sophocle et Eschyle, sans qu'on parle pour autant de "méthode grecque"..." Notre homme ne croit pas trop aux règles valant pour tout et pour tout le monde. Interrogé sur les conseils qu'il donnerait à un(e) jeune aspirant(e) scénariste, il répond qu'il lui dira seulement "d'écrire le plus possible, et de travailler sur lui (ou elle)-même, de se développer sur le plan personnel parce que l'expérience concrète de la vie est presque aussi importante qu'une forte imagination". (1) Université de Californie à Los Angeles. (2) Paru en 2017 aux éditions University of Chicago Press. (3) On peut en voir les images inédites dans le documentaire biographique De Palma, coréalisé par Noah Baumbach et Jake Paltrow en 2015.