Le communiqué est paru dans la bible du showbiz: le magazine pour professionnels Variety. "Daniel Day-Lewis ne travaillera plus comme acteur. Il éprouve une immense reconnaissance envers tous ses collaborateurs et le public qui l'a suivi durant toutes ces années. C'est une décision privée et ni lui ni ses représentants ne feront de nouveau commentaire à ce sujet." Des mots sans équivoque pour annoncer le retrait - à 60 ans - de l'un des plus talentueux et fascinants comédiens ayant jamais illuminé l'écran. Certes, Daniel Day-Lewis nous avait déjà fait le "coup" voici deux décennies, annonçant un renoncement au cinéma. Il était pourtant revenu, en 2002, après cinq années d'absence. De quoi donner l'espoir que le bonheur de jouer l'emporte une seconde fois et ramène peut-être un jour devant les caméras l'immense acteur aux trois Oscars, encore nommé cette année pour sa récente superbe performance dans le Phantom Thread de Paul Thomas Anderson, sur nos écrans dès le 14 février (1). Ne jamais dire jamais!
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Le communiqué est paru dans la bible du showbiz: le magazine pour professionnels Variety. "Daniel Day-Lewis ne travaillera plus comme acteur. Il éprouve une immense reconnaissance envers tous ses collaborateurs et le public qui l'a suivi durant toutes ces années. C'est une décision privée et ni lui ni ses représentants ne feront de nouveau commentaire à ce sujet." Des mots sans équivoque pour annoncer le retrait - à 60 ans - de l'un des plus talentueux et fascinants comédiens ayant jamais illuminé l'écran. Certes, Daniel Day-Lewis nous avait déjà fait le "coup" voici deux décennies, annonçant un renoncement au cinéma. Il était pourtant revenu, en 2002, après cinq années d'absence. De quoi donner l'espoir que le bonheur de jouer l'emporte une seconde fois et ramène peut-être un jour devant les caméras l'immense acteur aux trois Oscars, encore nommé cette année pour sa récente superbe performance dans le Phantom Thread de Paul Thomas Anderson, sur nos écrans dès le 14 février (1). Ne jamais dire jamais! Pour ce qui devrait (pourrait) être son dernier film, Daniel Day-Lewis s'est fait la tête de... Gustav Mahler! Dans Phantom Thread, il ressemble étrangement au compositeur autrichien. Rien de plus qu'un nouveau jeu sur les apparences: sa plasticité physique stupéfiante a souvent nourri le sens extraordinaire de la composition de l'acteur anglo- irlandais. Son personnage, Reynolds Woodcock, y pratique en l'occurrence la haute couture, le grand style, l'élégance sublimée, en artiste inspiré mais aussi en artisan rigoureux, célébrant le fait-main et perfectionnant sans relâche une technique d'autant plus essentielle qu'elle se doit de ne pas être vue. Un rôle à l'image de cette double ambition artistique et artisanale qui avait déjà poussé, en 1997, son interprète à quitter les plateaux pour se consacrer au travail du cuir et du bois en Toscane. >> Lire aussi notre critique de Phantom Thread et notre interview de Paul Thomas Anderson"Quitter un rôle est une chose terriblement triste. Le dernier jour d'un tournage est surréel. Votre âme, votre corps et votre esprit ne sont pas prêts du tout à voir l'expérience s'achever. Dans les mois qui suivent le tournage d'un film, on ressent une profonde sensation de vide..." Ainsi s'exprimait, voici quelques années, celui qui nous offre l'adieu d'un film magnifique et d'un rôle dont plusieurs aspects font deviner l'investissement intime qu'il a pu y placer. Daniel Day-Lewis n'a jamais été léger dans ses choix ni dans son travail, les uns et l'autre étant constamment marqués d'une attention à la dimension humaine et d'un jeu des plus sérieux. Vierges de toute lourdeur, ses interprétations ne respirent jamais l'effort mais leur évidence lumineuse masque un labeur acharné, où le sens du détail qu'a Day-Lewis lui fait conjuguer le juste et le vrai. Sans oublier une seule seconde ce credo qu' "être acteur implique les gens, les autres gens, autrement vous ne jouez pas, vous faites des monologues". Daniel Day-Lewis s'est toujours défini comme "un hybride" avec son père irlandais (et poète) et sa mère anglaise (et actrice) mais ayant dans ses veines du sang juif et lituanien. Son paternel, prénommé Cecil, salua sa naissance d'un poème aux accents lyriques. Dans le quartier londonien de Greenwich où il passa son enfance, il apprit l'attitude et le parler spécifiques des jeunes voyous qui le harcelèrent un temps. Cela lui serait utile plus tard, quand il deviendrait acteur. Mais envoyé en internat à 11 ans pour son comportement "difficile", il se forma d'abord à l'ébénisterie. Son échec au moment d'en faire sa profession le conduisit à se tourner vers son deuxième centre d'intérêt: le théâtre. Trois ans d'études d'art dramatique au Bristol Old Vic confirmèrent le bien-fondé de ce choix. Son premier cachet remonte à ses 14 ans: deux livres sterling pour jouer un vandale abîmant des voitures de luxe garées devant une église dans Un dimanche comme les autres de John Schlesinger! Non crédité au générique, Daniel dut attendre une bonne dizaine d'années pour retrouver l'écran et jouer... un jeune voyou raciste dans le Gandhi de Richard Attenborough, Le Bounty (1984, avec Anthony Hopkins) lui offrant ensuite une promotion sociale sous la forme d'un rôle d'officier de marine. Homosexuel à mèche punk amoureux d'un immigré pakistanais dans My Beautiful Laundrette de Stephen Frears, intellectuel de la bonne société dans Chambre avec vue de James Ivory, Day-Lewis fait très vite coup double. Il est prêt! L'Oscar à 32 ans. Rien que ça. La gloire et le succès avec une composition bouleversante. Après une prestation déjà remarquable dans L'Insoutenable légèreté de l'être adapté de Milan Kundera par Philip Kaufman, il n'hésite pas à relever le défi d'un petit film irlandais mis en scène par Jim Sheridan et intitulé My Left Foot. L'histoire vraie de Christy Brown, artiste de Dublin atteint de paralysie spasmodique et qui se sert pour peindre de son pied gauche, le seul de ses membres qu'il parvient à contrôler. Le festival de Cannes refuse le film et s'en mordra les doigts (2). Car public et critique embrasseront My Left Foot, avant que deux Oscars le couronnent. Dont celui du meilleur acteur pour Daniel Day-Lewis... C'est parti. On s'arrache le jeune trentenaire qui ne se laisse pas entraîner dans la surenchère. Il sait que la première liberté d'un acteur est celle de dire non. Au fil des années, ses refus feront quelque bruit. Parmi les propositions restées sans suite figureront entre autres les rôles principaux du Patient anglais, de Philadelphia et de La Liste de Schindler! Moins prolifique que la plupart de ses collègues, le Britannique opère des choix pointus, rarement prévisibles, l'amenant souvent là où on ne l'attendait point. Si le voir endosser l'habit élégant d'un aristocrate dans le magnifique Le Temps de l'innocence de Martin Scorsese n'est pas vraiment une surprise, le découvrir en Dernier des Mohicans chez Michael Mann étonne. Pour ce rôle particulièrement exigeant, il s'engage dans une préparation de plusieurs mois, seul dans la forêt, apprenant à chasser et à pêcher comme les Indiens, à dépecer des animaux, à construire un canoë... Les méthodes particulières de l'acteur commencent à faire jaser. Pour le film de Scorsese précité, il s'est promené pendant deux mois à New York dans le costume XIXe siècle du personnage, haut de forme, cape et canne compris. Tout le monde l'admire, mais certains soupçonnent un petit grain de folie sous ses excentricités. Il s'en fiche. Pour Au nom du père, où il joue un détenu nationaliste irlandais en grève de la faim, Day-Lewis maigrit d'impressionnante façon, et exige que des membres de l'équipe de tournage lui jettent des seaux d'eau glacée! Viggo Mortensen lui doit d'avoir pu camper Aragorn dans la trilogie du Seigneur des Anneaux, nouveau rôle majeur refusé cette fois à un Peter Jackson qui s'était mis en tête de sortir Daniel de sa (première) retraite. L'acteur reviendra bien en 2003, pour un Scorsese qui lui fait jouer le très inquiétant Bill le Boucher dans son violent Gangs of New York. Quatre ans plus tard, Paul Thomas Anderson lui offre un de ses rôles les plus marquants, celui du magnat du pétrole de There Will Be Blood. Deuxième Oscar à la clé, puis troisième avec un autre film d'époque, l'historique Lincoln (2012) de Steven Spielberg, où il incarne avec une rare vérité le président antiesclavagiste assassiné. La République d'Irlande a voulu l'honorer en éditant un timbre à son effigie, en 1996, à l'occasion du centenaire du cinéma irlandais. Fin 2014, il fut anobli et devint (au prix d'un agenouillement devant un prince William armé de l'épée idoine) chevalier de l'Ordre de l'Empire britannique. On se doit de l'appeler désormais Sir Daniel. Et dire que voici un peu plus de trente ans, il était - en mode punk - pressenti pour incarner Sid Vicious, le bassiste trash et autodestructeur des Sex Pistols... Un rôle qu'il refusa finalement, laissant sa place dans Sid and Nancy (réalisé par Alex Cox) à un certain Gary Oldman. Lequel est aujourd'hui son principal concurrent pour l'Oscar! Oldman aura 60 ans le mois prochain. Il n'est pas chevalier et n'entend pas arrêter le cinéma. Daniel Day-Lewis a décidé, lui, de quitter les plateaux. Il nous laisse une filmographie relativement courte (une vingtaine de films) mais d'une extraordinaire richesse. Et aussi l'espoir d'un retour qui ne manquerait pas de faire l'événement...(1) La cérémonie des Oscars aura lieu le 4 mars. Les autres acteurs retenus avec Daniel Day-Lewis sont Gary Oldman (Les Heures sombres, donné favori), Daniel Kaluuya (Get Out), Denzel Washington (L'Affaire Roman J.) et Timothée Chalamet (Call Me By Your Name).(2) Selon Gilles Jacob, alors directeur du festival de Cannes, le rejet du film serait dû au trop grand forcing effectué par le distributeur américain de My Left Foot, un certain... Harvey Weinstein !