Bien connu des lecteurs du magazine So Film, où il imaginait les délirants synopsis d'hypothétiques films du futur, Benoît Forgeard cultive le même sens du pitch bizarroïde et fulgurant quand il se pique de passer lui-même derrière la caméra. Trois ans après l'anarchisant Gaz de France, s...

Bien connu des lecteurs du magazine So Film, où il imaginait les délirants synopsis d'hypothétiques films du futur, Benoît Forgeard cultive le même sens du pitch bizarroïde et fulgurant quand il se pique de passer lui-même derrière la caméra. Trois ans après l'anarchisant Gaz de France, satire politique plongeant avec beaucoup d'absurdité dans les arcanes d'un Élysée conquis par un chansonnier en roue libre, le cinéaste chronique avec Yves la naissance d'une relation privilégiée entre un rappeur jean-foutre (William Lebghil, idéalement à la masse) et un frigo intelligent. Censé lui simplifier la vie, ce dernier va surtout lui ouvrir grand les portes de la gloire en remixant en mode maximaliste ses titres mollassons sinon voués à l'insuccès... Parti sur ces bases résolument givrées, le film tient étonnamment la distance, et multiplie avec bonheur les punchlines de rap branleur ou pose les bases d'une guerre (froide) entre l'homme et la machine. À mille lieues de toute considération technophobe ou critique de la société de consommation, Forgeard a le bon goût de toujours privilégier le doux délire et l'étrangeté, voire même la poésie et l'émotion vraie, allant jusqu'à érotiser dans l'outrance assumée l'univers électroménager sans pour autant faire l'impasse sur d'authentiques questions de société. Drôle et vraiment décalé.