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Deux hommes dans une voiture et un paquet d'enveloppes blanches enrubannées. Un père et son fils sillonnent les rues pour porter aux invités le carton annonçant un mariage. Nous sommes à Nazareth, en Israël, où Abu est professeur. Son ex-épouse ayant refait sa vie aux États-Unis, il se retrouvera bientôt seul, une fois sa fille partie. Shadi, son aîné, qui conduit la voiture, n'est que de passage. Il est parti depuis longtemps déjà, est architecte à Rome et n'entend pas se réinstaller dans sa ville natale... D'une situation simple, Annemarie Jacir fait un petit bonheur de film doux-amer, qui, avec de petits riens, fait une expérience de cinéma prenante, organique, profondément émouvante. Le dialogue du père et du fils s'accompagne d'un regard plus large, embrassant comme naturellement la situation sociale, culturelle, politique, sur fond de conflit palestino-israélien. Et cela sans raideur idéologique ni discours réducteur. Avec au contraire une intelligence du cerveau et du coeur qui nous rend très proches des personnages. Loin de tout dogmatisme, la jeune réalisatrice et poétesse palestinienne, auteure déjà de plusieurs films dont le remarquable Le Sel de la mer (elle y parlait déjà d'exil, de départ et de retour), réussit un Wajib en palette de demi-teintes et qui, de coeur à coeur, fait son petit bonhomme de chemin. Mahmoud More et Mohammad Bakri incarnent le fils et le père, admirablement.