L'air des sommets fait parfois souffler une brise nauséabonde. Avec le pouvoir vient alors, trop souvent, l'abus de ce pouvoir, et un sentiment d'impunité que les faits peuvent confirmer longtemps. Harvey Weinstein, le gamin obèse du quartier pauvre du Queens, complexé par son physique, a connu dans le cinéma une réussite totale. Parti de rien, il a su grimper avec son frère Bob vers les cimes du succès, faisant de Miramax l'inattendu nouveau studio majeur de l'industrie américaine (et internationale) du film. Les Oscars à la pelle, les honneurs de Cannes et de Venise, les deals multimillionnaires et les fêtes à n'en plus finir: la vie était belle. Mais elle l'était beaucoup moins pour ces nombreuses femmes devenues cibles des désirs d'Harvey, et qui allaient un jour dévoiler ce qui tenait en lui du harceleur, du prédateur sexuel.

Le film d'Ursula McFarlane met au premier plan, et à juste titre, les témoignages de ces actrices, de ces employées, dont la parole s'est enfin libérée et qui accusent, y compris en justice où Harvey Weinstein entend plaider non coupable, parlant de relations consensuelles même s'il s'excuse brièvement par ailleurs. Une grande qualité d'Untouchable est de resituer les faits dans le contexte de la montée en puissance du distributeur et producteur ambitieux, audacieux, inspiré. Une success story inséparable des dérives dont on l'accuse et qui explique sans la justifier l'omerta dont il aura pu bénéficier pendant des décennies. Le film élargissant par ailleurs son propos à une plus large révolte dont le mouvement #metoo s'est fait le vibrant écho.

D'Ursula McFarlane. 1h39. Sortie: 19/06. ***(*)