Nul doute que le mouvement #MeToo aura laissé sa marque sur la filmographie de Ridley Scott. Après avoir purement et simplement effacé Kevin Spacey de son All the Money in the World en 2017, le voici en effet qui s'empare de problématiques féministes hyper actuelles (la question du consentement, la libération nécessaire de...

Nul doute que le mouvement #MeToo aura laissé sa marque sur la filmographie de Ridley Scott. Après avoir purement et simplement effacé Kevin Spacey de son All the Money in the World en 2017, le voici en effet qui s'empare de problématiques féministes hyper actuelles (la question du consentement, la libération nécessaire de la parole, la violence du patriarcat) par le prisme du drame historique. Écrit en grande partie par Matt Damon et Ben Affleck, The Last Duel s'inspire de faits réels et emprunte d'évidence sa structure narrative au Rashômond'Akira Kurosawa - le film étant découpé en trois segments, chacun reflétant le point de vue d'un des personnages clés de l'intrigue sur un même événement. Soit, au XIVe siècle, en France, le viol dont Marguerite de Carrouges (Jodie Comer) clame avoir été la victime, son mari (Matt Damon) assignant le présumé coupable (Adam Driver) en justice, duel à mort à la clé. Parfois très démonstratif, The Last Duel a la fâcheuse tendance à plaquer grossièrement des considérations d'aujourd'hui sur des situations d'autrefois. Plus problématique encore: on sent que Scott hésite constamment entre traiter ses grandes questions morales et se faire plaisir avec de la grosse baston qui tache, déforçant ainsi le propos d'un ensemble qui tend pourtant, et c'est appréciable, vers une vraie complexité humaine. C'est, au fond, quand il interroge notre propre regard de spectateur que le film se fait le plus intéressant, fustigeant l'hypocrisie d'une époque et d'un monde qui sont aussi les nôtres.