Il plane sur Free Guy, le nouvel opus de Shawn Levy (Night at the Museum, Real Steel), des airs évidents de The Truman Show, le classique que signait en 1997 Peter Weir. À Jim Carrey, ignorant un temps tout au moins qu'il était la création d'un showrunner et que sa vie se limitait au plateau d'une série télévisée, succède aujourd'hui Ryan Reynolds, un employé modèle entamant inlassablement ses journées dans les cieux pourtant tourmentés de Free City en donnant à ceux qu'il croise du "Don't have a good day, have a great day" (écho au "Good morning, and in case I don't see you,...

Il plane sur Free Guy, le nouvel opus de Shawn Levy (Night at the Museum, Real Steel), des airs évidents de The Truman Show, le classique que signait en 1997 Peter Weir. À Jim Carrey, ignorant un temps tout au moins qu'il était la création d'un showrunner et que sa vie se limitait au plateau d'une série télévisée, succède aujourd'hui Ryan Reynolds, un employé modèle entamant inlassablement ses journées dans les cieux pourtant tourmentés de Free City en donnant à ceux qu'il croise du "Don't have a good day, have a great day" (écho au "Good morning, and in case I don't see you, good afternoon, good evening and good night" dont Carrey/Truman faisait un usage immodéré). Et de s'installer ensuite au comptoir d'une banque où, invariablement, il se fait braquer sans sourciller, continuant à échanger le plus normalement du monde avec son pote Buddy (Lil Rel Howery). Et pour cause, il n'est jamais qu'un NPC, un non-player character garnissant l'environnement de Free City, jeu vidéo en ligne ultra-violent dont il compte parmi les figurants voués à faire tapisserie tandis que les joueurs et leurs avatars s'emploient à en franchir les paliers successifs. Une condition dont il s'accommode d'autant mieux qu'il n'en a pas conscience. Jusqu'au jour où l'apparition d'un nouveau personnage, Molotovgirl (Jodie Comer) vient chambouler son quotidien répétitif, le laissant pantelant et bientôt décidé à retrouver la femme de sa vie. Au point de devenir le héros de sa propre histoire, semant l'émoi parmi la communauté des joueurs, mais aussi parmi les concepteurs du jeu, les deux niveaux de réalité ne manquant pas de se contaminer. On pourrait gloser longuement sur les emprunts présidant à Free Guy, à The Truman Showcomme à divers jeux vidéo. En quoi l'on verra surtout des inspirations bien assimilées, Levy remettant le concept créé en leur temps par Peter Weir et Andrew Niccol au goût du jour, pour l'amener sur le terrain d'une comédie d'action particulièrement réjouissante. L'ingéniosité du dispositif n'y est bien sûr pas étrangère, la richesse de l'univers imaginé non plus, de même que la manière dont le film multiplie les références, le tout épicé de ce qu'il faut de second degré. Mais si Free Guy fonctionne au-delà de toute attente, il le doit à ses deux interprètes principaux, Jodie Comer, épatante dans un double rôle, et Ryan Reynolds. Renouant avec une veine proche de The Voices, de Marjane Satrapi, l'acteur de Deadpool campe avec bonheur un homme ordinaire dont la positivité à tout crin confinerait à la niaiserie si elle ne constituait aussi le parfait antidote au cynisme ambiant. De quoi sauver un monde, fût-il imaginaire, tout en s'affranchissant du conformisme. Mais pas libérer totalement le film d'un carcan hollywoodien qu'il retrouve dans un final à rallonge...