Moscou, à l'orée des années 60. Convaincu que l'escalade nucléaire mène le monde à sa perte, Oleg Penkovsky (Merab Ninidze), un officier soviétique de haut rang, fait savoir aux Occidentaux qu'il est prêt à leur communiquer des informations secrètes. L'homme, un héros de guerre, et sa famille risquent gros -euphémisme. Pour éviter d'éveiller les soupçons, le MI6 et la CIA décident de confier la délicate mission de messager à un citoyen lambda plutôt qu'à un membre de leurs services. Et de jeter leur dévolu sur Greville Wynne (Benedict Cumberbatch), businessman replet ayant développé des contacts commerciaux avec l'Est. Un individu menant une existence terne rythmée par les déjeuners d'affaires et les whiskies qu'il se sert machinalement pour marquer son retour au foyer.

Bien que rien ne le prédispose à jouer les espions au service de sa Majesté, le voilà bientôt chargé d'établir un premier contact à la faveur d'une visite commerciale en Union soviétique. Une mission qu'il n'accepte qu'avec la plus grande réticence, avant de se piquer au jeu, et de mettre le doigt dans un engrenage qu'il ne maîtrise pas... Fructueuse, la collaboration entre l'"amateur" et son homologue soviétique (nom de code: Ironbark) permet bientôt la fuite de renseignements précieux. Mais si leur relation se mue insensiblement en amitié, nourrie encore de leur conviction que s'ils ne sont jamais que deux individus, ils ont aussi le pouvoir de changer les choses, le KGB commence à s'intéresser à leurs allées et venues...

À l'abri du cynisme

Le thriller d'espionnage de la guerre froide a ses codes, établis en leur temps par The Spy Who Came in from the Cold, de Martin Ritt, et reproduits ensuite plus ou moins avantageusement tout au long d'une série de variations. Inspiré de faits réels (Oleg Penkovsky a d'ailleurs fait l'objet d'un documentaire télévisé en 2011, Espion pour la paix), The Courier affiche un classicisme assumé, dans son esthétique en particulier, qui adopte le halo de grisaille de circonstance par exemple. S'il y a là encore l'indispensable intrigue tortueuse aux enjeux dépassant les protagonistes, Dominic Cooke (On Chesil Beach) choisit de mettre l'accent sur sa dimension humaine, jouant avec efficacité de la figure de l'innocent balancé dans un monde dont il ignore les mécanismes, tout en creusant le lien unissant ces deux hommes. Non content d'offrir à Benedict Cumberbatch un rôle à la mesure de son immense talent (que le comédien britannique assortit d'une stupéfiante transformation physique), le film trouve là tout à la fois sa singularité et une résonance intemporelle. Pour s'inscrire à rebours de la résignation comme du cynisme...

Thriller de Dominic Cooke. Avec Benedict Cumberbatch, Merab Ninidze, Rachel Brosnahan. 1h52. Sortie: 23/06. ***(*)

Moscou, à l'orée des années 60. Convaincu que l'escalade nucléaire mène le monde à sa perte, Oleg Penkovsky (Merab Ninidze), un officier soviétique de haut rang, fait savoir aux Occidentaux qu'il est prêt à leur communiquer des informations secrètes. L'homme, un héros de guerre, et sa famille risquent gros -euphémisme. Pour éviter d'éveiller les soupçons, le MI6 et la CIA décident de confier la délicate mission de messager à un citoyen lambda plutôt qu'à un membre de leurs services. Et de jeter leur dévolu sur Greville Wynne (Benedict Cumberbatch), businessman replet ayant développé des contacts commerciaux avec l'Est. Un individu menant une existence terne rythmée par les déjeuners d'affaires et les whiskies qu'il se sert machinalement pour marquer son retour au foyer. Bien que rien ne le prédispose à jouer les espions au service de sa Majesté, le voilà bientôt chargé d'établir un premier contact à la faveur d'une visite commerciale en Union soviétique. Une mission qu'il n'accepte qu'avec la plus grande réticence, avant de se piquer au jeu, et de mettre le doigt dans un engrenage qu'il ne maîtrise pas... Fructueuse, la collaboration entre l'"amateur" et son homologue soviétique (nom de code: Ironbark) permet bientôt la fuite de renseignements précieux. Mais si leur relation se mue insensiblement en amitié, nourrie encore de leur conviction que s'ils ne sont jamais que deux individus, ils ont aussi le pouvoir de changer les choses, le KGB commence à s'intéresser à leurs allées et venues... Le thriller d'espionnage de la guerre froide a ses codes, établis en leur temps par The Spy Who Came in from the Cold, de Martin Ritt, et reproduits ensuite plus ou moins avantageusement tout au long d'une série de variations. Inspiré de faits réels (Oleg Penkovsky a d'ailleurs fait l'objet d'un documentaire télévisé en 2011, Espion pour la paix), The Courier affiche un classicisme assumé, dans son esthétique en particulier, qui adopte le halo de grisaille de circonstance par exemple. S'il y a là encore l'indispensable intrigue tortueuse aux enjeux dépassant les protagonistes, Dominic Cooke (On Chesil Beach) choisit de mettre l'accent sur sa dimension humaine, jouant avec efficacité de la figure de l'innocent balancé dans un monde dont il ignore les mécanismes, tout en creusant le lien unissant ces deux hommes. Non content d'offrir à Benedict Cumberbatch un rôle à la mesure de son immense talent (que le comédien britannique assortit d'une stupéfiante transformation physique), le film trouve là tout à la fois sa singularité et une résonance intemporelle. Pour s'inscrire à rebours de la résignation comme du cynisme...