Il y a entre Steve Jobs, le biopic que consacre aujourd'hui Danny Boyle au fondateur d'Apple, et The Social Network, le film de David Fincher retraçant l'irrésistible ascension de Mark Zuckerberg, le créateur de Facebook, mieux qu'une convergence d'univers, un air de famille. Et pour cause, on trouve derrière l'un et l'autre Aaron Sorkin, scénariste brillant dont le nom est également associé au Moneyball de Bennett Miller, un auteur ne semblant jamais aussi à l'aise que lorsqu'il se frotte à des systèmes hermétiques et à des personnalités complexes pour les fondre dans un tout captivant.

Plus qu'une biographie (et bien qu'inspiré de l'ouvrage Steve Jobs de Walter Isaacson), le film se veut un portrait impressionniste de Jobs (Michael Fassbender). Et brasse des faits réels autant qu'imaginaires, qu'il articule dans une dramaturgie en trois actes, correspondant au lancement de trois produits emblématiques ayant balisé la carrière du génial inventeur: celui du Macintosh en 1984, du NeXTcube quatre ans plus tard et, enfin, de l'iMac en 1998. S'invitant à l'identique dans les coulisses de ces événements, Boyle y orchestre un savant tourbillon, où une galerie de personnages n'en finit plus de s'agiter en tous sens autour d'un Jobs dominant les échanges de son intelligence aiguë, et son esprit et son humour acérés. Charismatique et visionnaire, indéniablement, mais aussi tyrannique, manipulateur et brutal, que ce soit avec ses collaborateurs (et notamment avec Steve Wozniak, concepteur de l'Apple II, que campe un impeccable Seth Rogen), ou avec la mère de sa fille, Lisa. A quoi Joanna Hoffman (Kate Winslet), collaboratrice fidèle au répondant finement calibré, tente d'apporter quelque mesure.

Portrait en mouvement

Steve Jobs trouve dans ce découpage en trois épisodes rythmé par les aléas de la réussite une dynamique et une efficacité incontestables, soulignées par la mise en scène de Danny Boyle, rarement à court d'effets flashy. Encore y recourt-il ici plutôt à bon escient, de même d'ailleurs qu'à divers inserts d'archives. S'écartant des canons du biopic classique, il y a là le portrait en mouvement d'un génie contrasté auquel Michael Fassbender, impressionnant, confère une dimension shakespearienne. L'individu fascine, le film réussit aussi à s'insinuer avec bonheur dans les rouages de la révolution numérique, dont il restitue les enjeux, sociétaux comme industriels, sans apparaître rébarbatif. Question de ton, et si l'entreprise est touffue et bavarde, elle sait adopter, par endroits, des accents ludiques et drôles. Dommage toutefois que Boyle verse dans la facilité et le sentimentalisme en diverses occasions, la relation entre Jobs et sa fille en particulier venant plomber le film sous couvert d'humaniser le personnage...

DE DANNY BOYLE. AVEC MICHAEL FASSBENDER, KATE WINSLET, SETH ROGEN. 2H02. SORTIE: 03/02.

Il y a entre Steve Jobs, le biopic que consacre aujourd'hui Danny Boyle au fondateur d'Apple, et The Social Network, le film de David Fincher retraçant l'irrésistible ascension de Mark Zuckerberg, le créateur de Facebook, mieux qu'une convergence d'univers, un air de famille. Et pour cause, on trouve derrière l'un et l'autre Aaron Sorkin, scénariste brillant dont le nom est également associé au Moneyball de Bennett Miller, un auteur ne semblant jamais aussi à l'aise que lorsqu'il se frotte à des systèmes hermétiques et à des personnalités complexes pour les fondre dans un tout captivant. Plus qu'une biographie (et bien qu'inspiré de l'ouvrage Steve Jobs de Walter Isaacson), le film se veut un portrait impressionniste de Jobs (Michael Fassbender). Et brasse des faits réels autant qu'imaginaires, qu'il articule dans une dramaturgie en trois actes, correspondant au lancement de trois produits emblématiques ayant balisé la carrière du génial inventeur: celui du Macintosh en 1984, du NeXTcube quatre ans plus tard et, enfin, de l'iMac en 1998. S'invitant à l'identique dans les coulisses de ces événements, Boyle y orchestre un savant tourbillon, où une galerie de personnages n'en finit plus de s'agiter en tous sens autour d'un Jobs dominant les échanges de son intelligence aiguë, et son esprit et son humour acérés. Charismatique et visionnaire, indéniablement, mais aussi tyrannique, manipulateur et brutal, que ce soit avec ses collaborateurs (et notamment avec Steve Wozniak, concepteur de l'Apple II, que campe un impeccable Seth Rogen), ou avec la mère de sa fille, Lisa. A quoi Joanna Hoffman (Kate Winslet), collaboratrice fidèle au répondant finement calibré, tente d'apporter quelque mesure. Steve Jobs trouve dans ce découpage en trois épisodes rythmé par les aléas de la réussite une dynamique et une efficacité incontestables, soulignées par la mise en scène de Danny Boyle, rarement à court d'effets flashy. Encore y recourt-il ici plutôt à bon escient, de même d'ailleurs qu'à divers inserts d'archives. S'écartant des canons du biopic classique, il y a là le portrait en mouvement d'un génie contrasté auquel Michael Fassbender, impressionnant, confère une dimension shakespearienne. L'individu fascine, le film réussit aussi à s'insinuer avec bonheur dans les rouages de la révolution numérique, dont il restitue les enjeux, sociétaux comme industriels, sans apparaître rébarbatif. Question de ton, et si l'entreprise est touffue et bavarde, elle sait adopter, par endroits, des accents ludiques et drôles. Dommage toutefois que Boyle verse dans la facilité et le sentimentalisme en diverses occasions, la relation entre Jobs et sa fille en particulier venant plomber le film sous couvert d'humaniser le personnage...