Vivant seule avec sa fille Maria dans une banlieue de N'Djaména de la vente de fourneaux qu'elle fabrique avec des matériaux de récupération, Amina voit son fragile petit monde s'écrouler lorsque l'adolescente, distante depuis un moment, se fait renvoyer du lycée au motif qu'elle est enceinte. Un choc faisant écho à son propre passé pour cette mè...

Vivant seule avec sa fille Maria dans une banlieue de N'Djaména de la vente de fourneaux qu'elle fabrique avec des matériaux de récupération, Amina voit son fragile petit monde s'écrouler lorsque l'adolescente, distante depuis un moment, se fait renvoyer du lycée au motif qu'elle est enceinte. Un choc faisant écho à son propre passé pour cette mère qui, surmontant ses réticences initiales, va s'engager dans un délicat combat pour permettre à sa fille d'avorter, bravant l'interdit religieux comme légal en vigueur au Tchad. Et les deux femmes de tenter de réunir le million de francs CFA qui permettraient de financer l'intervention d'un médecin risquant une radiation à vie, en contournant les multiples obstacles se dressant sur leur route, histoire d'enfin déjouer le destin. Le terme tchadien Lingui désigne le lien sacré qui relie les gens au nom du vivre-ensemble. Il trouve, devant la caméra de Mahamat-Saleh Haroun(lire son interview dès ce jeudi dans Focus), une expression stimulante sous la forme d'une solidarité féminine s'épanouissant discrètement en rempart contre les injonctions d'une société patriarcale. S'il ne fait pas l'économie d'un certain didactisme dans l'exposition de ses enjeux (ni de certaines approximations dans son interprétation par des non-professionnels), le film n'en dresse pas moins le tableau sensible de la condition féminine. Non sans vibrer au diapason de ses héroïnes, mues dans leur combat pour l'émancipation par une énergie qui apparaît, pour le coup, comme celle de l'espoir - celui que traduit encore une mise en scène épurée, brillant de l'éclat de couleurs enivrantes. Fort.