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Le prologue est bref, concis, un peu brutal. Nous découvrons Anna (Valeria Bruni Tedeschi) sur le point de partir en vacances avec son compagnon Luca (Riccardo Scamarcio). Un autre homme (Xavier Beauvois) est là aussi, attablé avec eux dans un café parisien. Nous découvrirons qu'il est le producteur du prochain film d'Anna, cinéaste. Et qu'il va l'emmener au CNC (Centre national du Cinéma) pour y défendre son projet devant un jury. Juste avant d'y aller, Anna entend Luca lui annoncer qu'il ne part pas avec elle, pas cet été, et qu'il a rencontré une autre femme... En quelques petites minutes, les choses sont bien posées. Anna partira seule rejoindre famille et amis dans la grande et belle villa méditerranéenne où ils se retrouvent chaque été. Son scénario, nourri par sa vie personnelle, en sera-t-il bouleversé tandis que se fait sentir une autre absence, celle d'un frère mort voici deux ans seulement? Présente tout à la fois devant et derrière la caméra, Valeria Bruni-Tedeschi joue et filme comme à son habitude, à fleur de peau. Elle emprunte un peu plus que son titre à la pièce de Maxime Gorki Les Estivants, et les résonances russes se mêlent aux françaises et aux italiennes pour explorer un microcosme, reflet d'une société en crise, se rapprochant du gouffre en passant du rire aux larmes, des secrets de famille douloureux aux esquives ironiques. L'équilibre est délicat, n'est pas Gorki (ou Tchekhov) qui veut. Et le film choral de Bruni Tedeschi lui échappe en s'enlisant dans quelques pièges, dont une surdramatisation, une insistance à forcer le constat social, et le jeu excessif de certains interprètes. En grand patron repu, failli, roi du licenciement collectif, Pierre Arditi fait du Christian Clavier. Navrant!