Le jour où ses parents intègrent la communauté de la Colombe, la vie de Camille (Céleste Brunnquell, une présence solaire n'étant pas sans évoquer celle de Louane Emera dans La Famille Bélier) bascule: c'en est fini de l'école de cirque et de ses envies d'adolescente, la prière et le don au Seigneur régissant désormais son existence. D'abord soumise, la jeune fille entrevoit bientôt les dangers de l'embrigadement sectaire que dissimulent des valeurs de fraternité, d'entraide et d'amour, auquel sa mère (Camille Cottin) surtout a succombé sans réserve. Et de lutter de tout son être, affrontant ses parents et le "berger" (Jean-Pierre Darroussin) de la petite congrégation pour se libérer, avec ses frères et soeur, de cette emprise.

Premier long métrage de Sarah Suco, Les Éblouis est inspiré de la propre expérience de la cinéaste, qui a vécu dix ans dans une communauté charismatique. Si le film, tourné à hauteur de jeune adolescente, est animé par un évident souci de vérité, qu'il s'agisse de décrire les mécanismes insidieux à l'oeuvre ou de restituer des rituels confinant parfois au ridicule (ainsi, par exemple, des scènes de bêlements des fidèles pour appeler le "berger"), il pèche toutefois quelque peu par manque de distance, s'en tenant à une progression plus appliquée qu'inspirée. Son intérêt est cependant indéniable, mettant en relief, jusque dans son ambivalence même, un phénomène bien réel (quelque 50 à 60.000 enfants seraient victimes de dérives sectaires chaque année en France) prospérant dans un environnement en mal de lien. Non sans réussir à doubler le sujet de société d'une histoire de famille troublante, même esquissée à gros traits...

De Sarah Suco. Avec Céleste Brunnquell, Camille Cottin, Eric Caravaca. 1h40. Sortie: 20/11. ***