"Autant vous prévenir tout de suite, il n'est question ici de rien. Juste d'une contradiction géométrique." Cette contradiction géométrique, c'est celle qui relève de la logique présidant à ces boîtes à formes pour enfants où il s'agit de faire rentrer des pièces en bois dans des orifices taillés sur mesure, et qui renvoie inlassablement à cette inéluctable vérité: un rond ne rentre pas dans un carré. Faire des ronds dans un carré, c'est pourtant bien le défi que s'est fixé un groupe de bras cassés aux personnalités très typées qui unissent leur énergie pour tenter d'effectuer des figures de natation synchronisée dans la grande pataugeoire de la piscine municipale du coin, sous l'autorité toute relative d'une ancienne gloire des bassins. Individuellement, ce sont tous des perdants. Ensemble, ils vont peu à peu retisser du sens, et remettre du plaisir sur la table... Pour son deuxième long métrage derrière la caméra, le comédien Gilles Lellouche aussi a le plaisir pour boussole. Décomplexé mais jamais beauf, son Grand Bain a des allures de Full Monty à la française, qu'il arrose de références musicales aux années 80, volontairement outrées (Chariots of Fire de Vangelis, Physical d'Olivia Newton-John). Porté par un casting musclé -entendons-nous...- mais étonnamment équilibré (Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde, Philippe Katerine, Jean-Hugues Anglade et Félix Moati, mais aussi Virginie Efira, Marina Foïs et Leïla Bekhti), le film est parfaitement raccord avec ses ambitions -moins débridées que généreuses. Une comédie populaire hexagonale au vrai potentiel commercial capable de faire profil bas sur un sujet aussi fantasque: on n'est pas loin du petit exploit.

De Gilles Lellouche. Avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde. 2h02. Sortie: 24/10. ***(*)

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