Lorsqu'au début de ce documentaire nécessaire, le réalisateur de L'homme qui répare les femmes demande à un jeune élève ce que l'école représente pour lui, l'adolescent répond face caméra et sans baisser les yeux un sincère "c'est chiant l'école". Un autre se considère comme un "raté". Une jeune fille concède être "issue d'un milieu défavorisé" mais consciente que "l'école va me donner une chance". Trois témoignages au hasard au début de ce film écrit par Thierry Michel et son épouse et productrice Ch...

Lorsqu'au début de ce documentaire nécessaire, le réalisateur de L'homme qui répare les femmes demande à un jeune élève ce que l'école représente pour lui, l'adolescent répond face caméra et sans baisser les yeux un sincère "c'est chiant l'école". Un autre se considère comme un "raté". Une jeune fille concède être "issue d'un milieu défavorisé" mais consciente que "l'école va me donner une chance". Trois témoignages au hasard au début de ce film écrit par Thierry Michel et son épouse et productrice Christine Pireaux. En passant deux années scolaires au Collège Saint-Martin de Seraing -que Jérémy décrit en fin de film comme "une école pas comme les autres"-, le cinéaste et documentariste dresse en écho un portrait d'une société de plus en plus clivante et inégalitaire. Thierry Michel pose des questions simples à une dizaine d'élèves filles et garçons, toutes nationalités confondues. "Que représente l'école pour toi? À quel moment as-tu été le plus malheureux? Le plus heureux? Comment t'imagines-tu dans 20 ans?" Autant d'interrogations auxquelles Jérémy, Delil, Jamila, Marie-Laure, Michaël, Noah et bien d'autres répondent avec une désarmante honnêteté. Ce sont leurs réponses qui reflètent un parcours de vie cabossé et violent où l'amour et l'éducation souvent absents justifient une scolarité étriquée. Au spectateur d'être en empathie, voire en admiration devant Jérôme Chantraine, le directeur adjoint de ce collège à population défavorisée dans un environnement économiquement précaire, et son personnel enseignant qui refusent de lâcher l'affaire au hasard face à cette jeune fille qui peine à justifier ses 50 jours d'absence. Pour la majorité de ces jeunes filles et jeunes gens dont beaucoup sont déjà majeurs, Saint-Martin, marqué par la présence sporadique de la violence physique et verbale, c'est un peu l'école de la dernière chance. Il y a ce passage formidable d'une réunion où Jérôme Chantraine annonce à son équipe qu'il accepte d'accueillir en cours d'année un élève déjà exclu de sept établissements scolaires qui illustre à elle seule le projet pédagogique de l'école. D'autres plus drôles aussi, à l'instar de la fête de Noël et du jeu de fléchettes avec les photos des enseignant(e)s en guise de cibles. Ce documentaire au ton juste et lumineux doit beaucoup aux scènes du quotidien et à l'humanité qui se dégage de ses protagonistes, conscient(e)s, pour la majorité, d'être à un sacré carrefour de leur vie.