De l'encre, du papier et le goût de la beauté. Il n'en faudra pas plus au jeune Lucien de Rubempré pour se faire une place à Paris, pense-t-il... Alors oui, bien sûr, La Comédie humaine, on connaît la chanson: Lucien (Benjamin Voisin) débarque à Paris dans les valises de la baronne de Bargeton (Cécile de France) avec pour seuls bagages une vague particule héritée de sa mère, un don certain pour la poésie et de grandes illusions. Il s'acclimate vite à l'ambiance certes délétère mais assurément euphorisante du petit cénacle littéraire parisien et en saisit rapidement les codes et les enj...

De l'encre, du papier et le goût de la beauté. Il n'en faudra pas plus au jeune Lucien de Rubempré pour se faire une place à Paris, pense-t-il... Alors oui, bien sûr, La Comédie humaine, on connaît la chanson: Lucien (Benjamin Voisin) débarque à Paris dans les valises de la baronne de Bargeton (Cécile de France) avec pour seuls bagages une vague particule héritée de sa mère, un don certain pour la poésie et de grandes illusions. Il s'acclimate vite à l'ambiance certes délétère mais assurément euphorisante du petit cénacle littéraire parisien et en saisit rapidement les codes et les enjeux. Sa plume volontiers insolente trouve finalement refuge dans un journal grâce à son nouvel ami, Étienne Lousteau (Vincent Lacoste), ce qui vaut au film de donner à voir les dessous de la presse de l'époque, presse à scandales déjà qui caresse la polémique dans le sens du poil, soumise à la pression publicitaire comme à celle de ses actionnaires. Giannoli se délecte du miroir tendu par la presse d'alors à celle d'aujourd'hui, 200 ans plus tard -suivez mon regard, il vous mènera peut-être jusqu'à Bolloré. Mais la presse n'est pas seule à en prendre pour son grade. L'édition, le théâtre, la bonne société, et même la mauvaise sont aussi de la revue. Derrière la tyrannie du bon goût, la versatilité des opinions politiques et le monde du spectacle, on devine déjà, au commencement du XIXe siècle, l'avènement des fake news, des influenceurs, de la spéculation immobilière ou de l'accession au trône des banquiers. La destinée de Lucien de Rubempré est narrée par une voix off délicieusement classique, ni ampoulée, ni sentencieuse. Les mots de Balzac, dès les premiers instants, trouvent une belle et juste place, un écrin taillé sur mesure soulignant aussi bien leur beauté intemporelle que leur incroyable modernité. Ces savoureux aphorismes viennent rythmer cette flamboyante adaptation, qui ne boude pas le plaisir d'une reconstitution historique somptueuse, mise en lumière par le réputé chef opérateur belge Christophe Beaucarne. Le film est servi par un casting si pléthorique qu'on en oublierait presque de citer Depardieu, qui campe un éditeur qui, à défaut de savoir lire ou écrire, sait parfaitement bien compter. On retiendra néanmoins la prestation de la jeune actrice belge Salomé Dewaels, qui trouve là une belle rampe de lancement pour une carrière internationale. Les récits d'hier quand ils sont réussis nous parlent souvent d'aujourd'hui, et même de demain. À l'heure où tout est fast, la food, la fashion et parfois même la culture, la relecture proposée par Giannoli du chef-d'oeuvre de Balzac a pour double vertu de dépoussiérer le film historique en le faisant entrer en résonance avec la société contemporaine, et de rappeler la puissance immuable des classiques, et qui sait, nous donner l'envie de nous y replonger.