D'une chambre d'hôpital où un grave problème de santé l'a conduite pour une longue durée, une femme se souvient. Cette femme est cinéaste, et quel meilleur vaisseau pour son travail de mémoire que les images d'une vie, rassemblées au gré d'un voyage immobile, d'une méditation intime? Comme Nuages - Lettres à mon fils en 2001, le nouve...

D'une chambre d'hôpital où un grave problème de santé l'a conduite pour une longue durée, une femme se souvient. Cette femme est cinéaste, et quel meilleur vaisseau pour son travail de mémoire que les images d'une vie, rassemblées au gré d'un voyage immobile, d'une méditation intime? Comme Nuages - Lettres à mon fils en 2001, le nouveau documentaire à la première personne de Marion Hänsel est adressé à Jan, son enfant devenu grand et dont elle reste farouchement proche. La voix off de la réalisatrice remonte le temps jusqu'en 1949, et l'espace jusqu'à Marseille. Une date, un lieu, une naissance. Suivent l'enfance et l'adolescence, les débuts en tant qu'actrice avant que le regard choisisse l'autre côté de la caméra. La Belgique, bien sûr, en passant par Anvers, Paris et New York. Les amours, l'amitié, les choix d'une vie, simplement. Il était un petit navire assume sereinement cette simplicité avec son titre en forme de chansonnette enfantine, et de métaphore évidente. Point de grandiloquence, ni d'autocomplaisance dans ce film dépassant à peine une heure pour suivre les vérités d'un matériau jamais boursouflé par les intentions, la surcharge émotionnelle ou la tentation de délivrer une leçon. Au plus près de la vie, de sa vie, Marion Hänsel signe un film modeste et clair et quelque peu douloureux comme le furent ses meilleures oeuvres de fiction. Venant après les échecs de La Tendresse et En amont du fleuve, Il était un petit navire marque en douceur le retour d'une artiste que les thématiques intimes de ses grandes réussites (Le Lit, Dust, Between the Devil and the Deep Blue Sea) n'ont pas cessé d'inspirer.