Des films de fantômes et de possession, d'épouvante et d'horreur surnaturelles, le cinéma américain en fabrique à très haut débit. Et le nombre excède, de très loin, la qualité de ces films souvent trop vite (ou pas) écrits, trop vite (ou mal) réalisés, joués par des has been pathétiques ou des adolescents mal dégrossis. Bref, le règne du bon marché, de ce "cheap" qui vise l'effet facile et s'avère rentable sans presque jamais devoir passer par la case talent. Alors quand surgit une bonne surprise, un film à la fois réellement terrifiant et vraiment captivant, l'amateur de bon cinéma de genre applaudit. C'est ce qui se produit, depuis sa sortie domestique le 8 juin, avec Hereditary, le film d'un New-Yorkais de 30 ans, Ari Aster. Premier long métrage d'un jeune réalisateur ayant multiplié les courts (six au total entre 2011 et 2016), il nous emmène au sein d'une famille. Celle d'Annie (Toni Collette), une artiste sensible qui vit avec son mari Steve (Gabriel Byrne) et leurs deux enfants adolescents, un garçon prénommé Peter et une fille appelée Charlie. Un deuil vient de frapper les Graham, avec le décès de la mère d'Annie. Après l'enterrement (dans un climat façon Festen, en plus discret), des phénomènes inquiétants se produisent. La tombe est vandalisée, Annie a une vision de sa maman dans son atelier... Et remonte à la surface le passé troublant et troublé de la famille, côté maternel. Un passé marqué par une maladie mentale dont Annie espère qu'elle n'est pas héréditaire...

Hantise

Hereditary fait déjà beaucoup parler à cause de son "twist" narratif soufflant, qui rappelle à certains celui tellement audacieux osé par Hitchcock dans Psycho. Nous n'en dirons pas plus ici, mais sachez d'ores et déjà que le film d'Ari Aster vous fera crier. De terreur mais aussi de plaisir si vous affectionnez suspense et frissons, mystère et films qui vous clouent à votre fauteuil. Le réalisateur, également auteur du scénario, distille ses effets avec une maestria impressionnante pour son jeune âge. À l'avalanche de chocs pratiquée par tant de ses collègues, il préfère une approche atmosphérique, développant une texture humaine hautement captivante qu'il peut ensuite déchirer avec d'autant plus d'efficacité horrifique. Dans ce contexte favorable, Toni Collette livre une interprétation d'une intensité remarquable, réservant de fascinantes surprises. L'actrice australienne de Muriel, The Sixth Sense, Little Miss Sunshine et de la série télévisée United States of Tara signe le plus étonnant de ses (nombreux) rôles de mère. L'écrin de cette performance stupéfiante se distingue de la masse des productions d'épouvante par son intelligence perverse, sa patience et son économie en matière de clichés. Hereditary crée une tension rare, une peur à fleur de peau. Il n'a pas besoin de multiplier les coups pour frapper fort, très fort.

D'Ari Aster. Avec Toni Collette, Gabriel Byrne, Alex Wolff. 2h06. Sortie: 27/06. ****

Des films de fantômes et de possession, d'épouvante et d'horreur surnaturelles, le cinéma américain en fabrique à très haut débit. Et le nombre excède, de très loin, la qualité de ces films souvent trop vite (ou pas) écrits, trop vite (ou mal) réalisés, joués par des has been pathétiques ou des adolescents mal dégrossis. Bref, le règne du bon marché, de ce "cheap" qui vise l'effet facile et s'avère rentable sans presque jamais devoir passer par la case talent. Alors quand surgit une bonne surprise, un film à la fois réellement terrifiant et vraiment captivant, l'amateur de bon cinéma de genre applaudit. C'est ce qui se produit, depuis sa sortie domestique le 8 juin, avec Hereditary, le film d'un New-Yorkais de 30 ans, Ari Aster. Premier long métrage d'un jeune réalisateur ayant multiplié les courts (six au total entre 2011 et 2016), il nous emmène au sein d'une famille. Celle d'Annie (Toni Collette), une artiste sensible qui vit avec son mari Steve (Gabriel Byrne) et leurs deux enfants adolescents, un garçon prénommé Peter et une fille appelée Charlie. Un deuil vient de frapper les Graham, avec le décès de la mère d'Annie. Après l'enterrement (dans un climat façon Festen, en plus discret), des phénomènes inquiétants se produisent. La tombe est vandalisée, Annie a une vision de sa maman dans son atelier... Et remonte à la surface le passé troublant et troublé de la famille, côté maternel. Un passé marqué par une maladie mentale dont Annie espère qu'elle n'est pas héréditaire... Hereditary fait déjà beaucoup parler à cause de son "twist" narratif soufflant, qui rappelle à certains celui tellement audacieux osé par Hitchcock dans Psycho. Nous n'en dirons pas plus ici, mais sachez d'ores et déjà que le film d'Ari Aster vous fera crier. De terreur mais aussi de plaisir si vous affectionnez suspense et frissons, mystère et films qui vous clouent à votre fauteuil. Le réalisateur, également auteur du scénario, distille ses effets avec une maestria impressionnante pour son jeune âge. À l'avalanche de chocs pratiquée par tant de ses collègues, il préfère une approche atmosphérique, développant une texture humaine hautement captivante qu'il peut ensuite déchirer avec d'autant plus d'efficacité horrifique. Dans ce contexte favorable, Toni Collette livre une interprétation d'une intensité remarquable, réservant de fascinantes surprises. L'actrice australienne de Muriel, The Sixth Sense, Little Miss Sunshine et de la série télévisée United States of Tara signe le plus étonnant de ses (nombreux) rôles de mère. L'écrin de cette performance stupéfiante se distingue de la masse des productions d'épouvante par son intelligence perverse, sa patience et son économie en matière de clichés. Hereditary crée une tension rare, une peur à fleur de peau. Il n'a pas besoin de multiplier les coups pour frapper fort, très fort.