Révélé en 2014 par Violet, prix du jury Generations à la Berlinale, Bas Devos signait ensuite Hellhole, un tableau de Bruxelles au lendemain des attentats de 2016. Tourné à l'arrache -quinze nuits- et en français par le réalisateur flamand, Ghost Tropic en constitue aujourd'hui le contrepoint. Le cinéaste y retrace l'errance de Khadija (Saadia ...

Révélé en 2014 par Violet, prix du jury Generations à la Berlinale, Bas Devos signait ensuite Hellhole, un tableau de Bruxelles au lendemain des attentats de 2016. Tourné à l'arrache -quinze nuits- et en français par le réalisateur flamand, Ghost Tropic en constitue aujourd'hui le contrepoint. Le cinéaste y retrace l'errance de Khadija (Saadia Bentaïeb, une comédienne française venue du théâtre, et vue auparavant dans 120 battements par minute), une femme de ménage dans la cinquantaine qui, s'étant endormie dans le dernier métro après une longue journée de travail, n'a d'autre ressource, arrivée au terminus, que de rentrer chez elle à pied. Et d'entreprendre la traversée solitaire de la ville par une nuit que l'on devine glaciale. L'argument est ténu, Bas Devos en tire un film singulier, recomposant la géographie bruxelloise (la station Herrmann-Debroux y côtoie le centre commercial Basilix, parmi d'autres raccourcis) au gré des allées et venues de cette femme entre deux âges et des quelques rencontres qui vont baliser son parcours. La logique narrative et la précision cartographique de ce road movie pédestre importent moins, toutefois, que l'impression insolite mais plus encore bienveillante se dégageant du récit. C'est en effet une humanité généreuse que donne à voir le réalisateur, et cela que son héroïne anonyme vienne en aide à un SDF, ou qu'elle reçoive le concours tantôt d'un veilleur de nuit, tantôt de la tenancière d'un night shop, prompte à lui proposer un lift, et l'on en passe. Autant d'instantanés arrachés à l'indifférence urbaine et propres à atténuer les incongruités d'un film fragile mais vibrant...