Cela commence sous les ors de l'Élysée, où Emmanuel Macron s'apprête à faire une allocution. L'occasion pour France de Meurs (Léa Seydoux), journaliste star de la chaîne d'information en continu "i", de frapper fort, coupant l'herbe sous le pied à la concurrence: "Monsieur le président, on peut légitimement s'interroger sur la situation critique voire insurrectionnelle que traverse la société française. Ne pensez-vous pas y être sourd, voire impuissant?" Qu'importe que la réponse s'envole rejoindre le flot des paroles creuses n'ayant d'autre objet que d'enfumer, le buz...

Cela commence sous les ors de l'Élysée, où Emmanuel Macron s'apprête à faire une allocution. L'occasion pour France de Meurs (Léa Seydoux), journaliste star de la chaîne d'information en continu "i", de frapper fort, coupant l'herbe sous le pied à la concurrence: "Monsieur le président, on peut légitimement s'interroger sur la situation critique voire insurrectionnelle que traverse la société française. Ne pensez-vous pas y être sourd, voire impuissant?" Qu'importe que la réponse s'envole rejoindre le flot des paroles creuses n'ayant d'autre objet que d'enfumer, le buzz, lui, s'affole. "T'es la plus grande journaliste de France", lui assure Lou, son assistante (Blanche Gardin), celle qui veille à entretenir un raffut médiatique superficiel autour de sa protégée. À quoi France se prête avec gourmandise, elle dont la vie est une course effrénée à l'exclusivité, servant dans son émission Regard sur le monde des sujets où le sensationnalisme le dispute à l'émotion facile et factice. Et tant pis s'il lui faut pour cela piétiner la déontologie, bidouillant aussi bien une pseudo-interview avec un chef touareg qu'un reportage sur les migrants, l'audimat, après tout, est à ce prix. Jusqu'au jour où, reine incontestée du paysage médiatique, elle est rattrapée par la vraie vie, sous la forme d'un accident fortuit avec le conducteur d'un scooter alors qu'elle conduisait son fils à l'école, circonstances ayant le don de révéler sa fragilité... On n'attendait pas vraiment Bruno Dumont, le réalisateur de Jeanne et de P'tit Quinquin, sur le terrain de l'univers des médias. Le cinéaste s'en empare avec une jubilation manifeste, signant une satire féroce débordant du seul PAF pour embrasser la société contemporaine dans son ensemble. S'il décoche là quelques traits particulièrement acérés, critiquant de manière aussi grinçante qu'hilarante le règne d'une info-spectacle où la représentation de l'événement a pris le pas sur l'événement lui-même, Dumont a parfois la main fort lourde. Son film, qui joue de l'attraction des contraires, la tragédie côtoyant le ridicule, les fulgurances la facilité, n'échappe pas totalement aux travers qu'il dénonce, plus clinquant que vraiment concluant par endroits; réducteur, aussi, en dépit de ses longueurs. Charge virulente contre la société du spectacle et un monde déconnecté à force d'hyperconnexion, France réussit cependant à dépasser son seul horizon nihiliste. Le glissement, à l'épreuve du réel, de France/Léa Seydoux du cynisme le plus outrancier à une mélancolie profonde n'y est pas étranger, l'actrice, brillante, réussissant à conférer à son personnage et au propos cette consistance humaine que la mise en scène misanthrope de Bruno Dumont semblait vouloir lui refuser. Sous le vitriol, le trouble...