Fortuna (magnifique Kidist Siyum Beza, vue aurapavant dans Lamb de Yared Zeleke) a quatorze ans, vit dans le souvenir pieux de ses parents, vraisemblablement morts lors d'un périple dont les images et les senteurs -"de pétrole et de vomi, cette odeur du diable"- continuent de la hanter, et est par ailleurs secrètement enceinte de Kabir, un compagnon d'infortune. Circonstances se compliquant encore lorsque la police, traquant des "illégaux", décide d'investiguer dans la petite communauté religieuse l'ayant recueillie, au risque d'en bousculer les fondements.

Tourné dans un austère et élégant noir et blanc (Roaux ne pouvant toujours contenir un penchant pour une stylisation un peu vaine), et s'ouvrant sur un plan somptueux venu en souligner la solennité, Fortuna porte sur la question des migrants un regard profondément original, à l'actualité brûlante venant se greffer une dimension ouvertement spirituelle -on pense, toutes proportions gardées, à Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois. Retraçant le destin sinueux de cette jeune fille solitaire, et le rapportant joliment à un environnement naturel immuable, le film questionne ainsi les valeurs humaines et morales des uns et des autres: religieux jaloux de leur solitude, médecin enclin à appliquer un mode de pensée unique et, partant, spectateurs. De quoi ouvrir des pistes de réflexion fécondes...

De Germinal Roaux. Avec Kidist Siyum Beza, Bruno Ganz, Patrick d'Assumçao. 1h46. Sortie: 02/01. ***(*)