"L'avenir est à ceux qui s'éléphanteau." Jean-Luc Fonck et Sttellla l'affirmaient déjà voici un quart de siècle, et Tim Burton ne dira pas le contraire, lui qui nous propose une nouvelle adaptation des mésaventures du célèbre petit éléphant volant. Comme pour Alice in Wonderland, il s'agit pour l'ex-jeune employé du studio Walt Disney, qu'il quitta en 1984 pour inadéquation aux standards maison mais réconcilié depuis, de réaliser un film en live action sur le sujet et sous le même titre qu'un classique disneyien du dessin animé. C'est au tour...

"L'avenir est à ceux qui s'éléphanteau." Jean-Luc Fonck et Sttellla l'affirmaient déjà voici un quart de siècle, et Tim Burton ne dira pas le contraire, lui qui nous propose une nouvelle adaptation des mésaventures du célèbre petit éléphant volant. Comme pour Alice in Wonderland, il s'agit pour l'ex-jeune employé du studio Walt Disney, qu'il quitta en 1984 pour inadéquation aux standards maison mais réconcilié depuis, de réaliser un film en live action sur le sujet et sous le même titre qu'un classique disneyien du dessin animé. C'est au tour de Dumbo, sorti en 1941, de subir l'opération sous la direction d'un Burton point trop attaché à l'univers des animaux de cirque (il en déteste le principe) mais que l'idée d'un héros marginalisé, aidé par des complices l'étant eux aussi, ne pouvait que passionner. Autour de l'éléphanteau né avec des oreilles énormes qui en font un objet de moqueries, on trouve un cow-boy (Colin Farrell) revenu amputé de la Première Guerre mondiale et ses deux enfants orphelins de mère, un directeur de cirque de très petite taille (Danny DeVito), et quelques créatures extrêmes (par leur force, leur difformité ou leur talent bizarre). Le handicap de Dumbo devenant son atout quand il se révèle capable de voler en battant... des oreilles. Du Burton dans l'esprit, à n'en point douter! Retournant au roman de Helen Aberson, plus jamais publiée après l'achat des droits de Dumbo par Disney, le cinéaste a trouvé des éléments lui permettant d'ajouter ces touches sombres sans lesquelles on ne saurait imaginer un de ses films. L'histoire de l'éléphanteau séparé de sa maman, ridiculisé puis exploité, est matériau de mélodrame. Burton se plaît à le plonger en partie (mais en partie seulement) dans l'atmosphère maléfique du parc aux horreurs jouxtant le cirque barnumesque dirigé par le méchant Vandevere, que joue Michael Keaton. Ainsi se retrouvent face à face l'ex-interprète de Batman et celui qui fut le mémorable Pingouin de Batman Returns. Le bon étant devenu mauvais et le mauvais étant devenu bon, en une inversion dont l'ironie n'a pas pu échapper au réalisateur. Mené à bon train, saupoudré de conscience écologique dans l'air du temps, osant se faire dark mais pas trop, le Dumbo de Tim Burton a du charme mais ne tutoie pas les grands films de son auteur. Le grand écart entre émotion positive et sombre étrangeté, qu'un Edward Scissorhands portait à incandescence, le laisse (un peu) entre deux chaises. On ne boude pas pour autant le plaisir qu'offre une oeuvre à la belle palette picturale, Burton se faisant peintre dans le travail des nuances de couleurs (digitales, en l'espèce) et du clair-obscur.