"D'abord, il y a la musique, oui, bien sûr, mais aussi -surtout- le rock comme attitude et façon de vivre. Indissociables. (...) Et puis bien sûr, il y a la personnalité à part de Daniel Darc, sa part d'ombre et de lumière, sa trajectoire, parfois chaotique, et sa musique", écrivent dans leur note d'intention Marc Dufaud et Thierry Villeneuve, les coréalisateurs de Daniel Darc. Pieces of My Life. Chanteur de Taxi Girl au tournant des années 80, âme de poète punk en habits de garçon moderne, le mal de vivre au creux des veines et l'autodestruction pour horizon,...

"D'abord, il y a la musique, oui, bien sûr, mais aussi -surtout- le rock comme attitude et façon de vivre. Indissociables. (...) Et puis bien sûr, il y a la personnalité à part de Daniel Darc, sa part d'ombre et de lumière, sa trajectoire, parfois chaotique, et sa musique", écrivent dans leur note d'intention Marc Dufaud et Thierry Villeneuve, les coréalisateurs de Daniel Darc. Pieces of My Life. Chanteur de Taxi Girl au tournant des années 80, âme de poète punk en habits de garçon moderne, le mal de vivre au creux des veines et l'autodestruction pour horizon, Daniel Rozoum devait ensuite connaître une longue traversée du désert, ne réapparaissant que le temps de de sporadiques tentatives solo aussi vite avortées. Jusqu'à celle, miraculeuse, de 2004, Crève coeur, avec Frédéric Lo, couronnée d'un succès inespéré, une reconnaissance tardive à la clé, qui l'accompagnera jusqu'à sa disparition prématurée en 2013 à l'âge de 53 ans. S'écartant des schémas par trop convenus et d'une chronologie potentiellement fastidieuse, le documentaire que lui consacrent aujourd'hui Dufaud et Villeneuve se veut avant tout un "chant d'amour" à Daniel, dont les auteurs tracent le portrait intime et kaléidoscopique. Au coeur du film, on trouve les images inédites accumulées par le premier qui, alors étudiant en cinéma, décide de filmer Darc après l'avoir vu sur la scène du Gibus à Paris, au début des années 90. Entre le chanteur et son cadet, l'amitié est immédiate, qui résultera en des images vidéo à foison, mais aussi des conversations où le "garçon sauvage" se livre sans filtre. Et de déborder de sa carrière (qu'illustrent également des images d'archives, époque Taxi Girl et au-delà, avec l'exhumation de quelques plateaux de télévision hallucinants) pour arpenter les terrains les plus divers, aspirations en suspens ("je vais crever, mais je voudrais bien faire mon chef-d'oeuvre, une fulgurance, comme un jet de sperme") et souffrances intimes, élans comme abîmes, des expériences fondatrices ("Raw Power, ça a changé ma vie") à celle, répétée jusqu'à épuisement, de la défonce ("J'étais l'homme au bras d'or"). Au plus près de sa vérité écorchée, que commentent encore Frédéric Lo, mais aussi George Betzounis, le guitariste des bons et des mauvais jours. À l'instar de Darc lui-même, le film se dérobe ainsi aux raccourcis, adoptant les contours mouvants d'un puzzle pouvant s'avérer aussi inspiré qu'irritant (en particulier dans la propension de Marc Dufaud à se mettre en scène), sans jamais se départir de son évidente sincérité. On y verra, maladresses incluses, un document passionnant, respirant à l'unisson de Daniel Darc, non sans réussir à restituer la vibration d'une époque. Cherchez le garçon...