Adaptant le roman éponyme de Durian Sukegawa, Naomi Kawase (lire son interview dans le Focus du 5 février) signe, avec An, ce qui est sans doute son film le plus accessible à ce jour. La réalisatrice de Still the Water y orchestre, tout en douceur, la rencontre de trois solitudes. Gérant d'une pâtisserie sans prétention de la banlieue de Tokyo, Sentaro y prépare, jour après jour, des dorayakis, de petites crêpes fourrées d'une pâte de haricots rouges confits (qui donne son titre japonais au film), n'y mettant guère plus d'entrain que de goût -il préfère l'amertume des préparations salées, en effet. Moment où Tokue, une vieille femme au sourire désarmant, vient lui proposer ses services qu'il finit par accepter. Bien lui en prend, puisque celle-ci a le secret d'une recette exquise, l'échoppe ne désemplissant bientôt plus, à la grande surprise de Wakana, une lycéenne timide en ayant fait son refuge.

D'une confondante simplicité, le récit que met en scène Kawase ne dévoile toute sa saveur que sur la durée. Comme souvent chez la réalisatrice, la transmission est ici au coeur du propos, et va bien au-delà d'un savoir culinaire, délectable au demeurant, pour ouvrir sur un rapport au monde, voire le sens de l'existence. Une perspective embrassée avec finesse, pour un film ondulant avec grâce à l'ombre des cerisiers en fleurs à mesure que s'épanouit la relation entre ses trois protagonistes guère épargnés par la vie; le tout assaisonné encore d'un regard discrètement acéré sur le Japon contemporain. Soit la recette d'un film délicatement enchanteur, ce mélodrame lumineux et subtil se révélant, au-delà de son apparente modestie, un modèle d'équilibre et de beauté...

DE NAOMI KAWASE. AVEC KIRIN KIKI, MASATOSHI NAGASE, KYARA UCHIDA. 1H53. SORTIE: 10/02.

Dans le Focus du 5 février, notre interview de Naomi Kawase; la cuisine au cinéma...

Adaptant le roman éponyme de Durian Sukegawa, Naomi Kawase (lire son interview dans le Focus du 5 février) signe, avec An, ce qui est sans doute son film le plus accessible à ce jour. La réalisatrice de Still the Water y orchestre, tout en douceur, la rencontre de trois solitudes. Gérant d'une pâtisserie sans prétention de la banlieue de Tokyo, Sentaro y prépare, jour après jour, des dorayakis, de petites crêpes fourrées d'une pâte de haricots rouges confits (qui donne son titre japonais au film), n'y mettant guère plus d'entrain que de goût -il préfère l'amertume des préparations salées, en effet. Moment où Tokue, une vieille femme au sourire désarmant, vient lui proposer ses services qu'il finit par accepter. Bien lui en prend, puisque celle-ci a le secret d'une recette exquise, l'échoppe ne désemplissant bientôt plus, à la grande surprise de Wakana, une lycéenne timide en ayant fait son refuge. D'une confondante simplicité, le récit que met en scène Kawase ne dévoile toute sa saveur que sur la durée. Comme souvent chez la réalisatrice, la transmission est ici au coeur du propos, et va bien au-delà d'un savoir culinaire, délectable au demeurant, pour ouvrir sur un rapport au monde, voire le sens de l'existence. Une perspective embrassée avec finesse, pour un film ondulant avec grâce à l'ombre des cerisiers en fleurs à mesure que s'épanouit la relation entre ses trois protagonistes guère épargnés par la vie; le tout assaisonné encore d'un regard discrètement acéré sur le Japon contemporain. Soit la recette d'un film délicatement enchanteur, ce mélodrame lumineux et subtil se révélant, au-delà de son apparente modestie, un modèle d'équilibre et de beauté...