Documentaire de Feras Fayyad. ****
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Le calme d'une ville en ruines, visiblement abandonnée. Et puis, tout à coup, les sifflements, les explosions. Les cris et les nuages de fumée. Contrairement aux apparences, 400.000 personnes sont piégées dans l'enclave de la Ghouta orientale, près de Damas, encerclées par le régime syrien et ses alliés. Dans l'hôpital clandestin souterrain baptisé The Cave (la grotte), quelques docteurs, essentiellement des étudiants, opèrent, sauvent des vies avec les moyens du bord. Nominé aux Oscars, le documentaire de Feras Fayyad, à qui l'on devait déjà Les Derniers Hommes d'Alep, plonge à nouveau dans une ville assiégée durant la guerre civile syrienne. Il y suit le docteur Amani et son équipe. La jeune pédiatre qui dirige cet hosto de fortune n'est pas confrontée qu'aux pires horreurs. Elle se frotte aussi à un patriarcat toujours bien ancré dans les mentalités qui préférerait la voir rester à la maison pour cuisiner et s'occuper des gosses. La commission d'enquête des Nations unies a classé le siège de la Ghouta comme crime contre l'humanité. C'est le plus long de l'Histoire récente. Il a duré plus de cinq ans. Feras Fayyad raconte la vie dans cette grotte, coupée de tous et de tout. Si les habitants ont essayé de survivre, de rester dans leurs maisons, The Cave est sous terre un refuge contre la mort qui guette à la surface. Les médecins, les nerfs à bout (quatre membres du personnel sont morts pendant le tournage), s'isolent pour pleurer et regardent les images de ce qu'ils ont vécu sur Internet. Comment retenir ses larmes en étant le témoin de la destruction de l'humanité? Porté par un hallucinant travail sur le son, The Cave plonge le spectateur au coeur de la peur et de l'horreur. Au milieu des bombes et des armes chimiques. À voir absolument. Un homme se promène. Il ramasse ce qu'il trouve et enfouit son butin dans un sac plastique. Freddy Tsimba, sculpteur et plasticien, ne cherche pas de la nourriture. Il fait partie d'une génération spontanée d'artistes qui créent à même la rue dans le bouillonnant chaos de Kinshasa. Tsimba utilise des crânes de singes, des capsules, des machettes... Comme beaucoup d'autres en ville, il récupère et recycle les déchets pour interpeller, questionner et faire surgir la beauté. Il y a les mecs de Kokoko, qui fabriquent leurs instruments avec des roues de vélo, des machines à écrire et des boîtes de conserve. Kill Bill, qui détruit des écrans d'ordinateur à la masse, ou encore Yas, qu'on a dit enfant sorcier et qui a été enlevé à sa famille... Lui exprime la douleur qu'il a endurée étant gosse en invitant les passants à lui faire couler de la cire chaude sur le corps. "Vivre à Kinshasa est déjà une performance en soi... On est tous des performers-nés. Ici l'art est partout", glisse l'un de ces artistes du surgissement et de la débrouille. Renaud Barret (coréalisateur de Benda Bilili!) suit une scène engagée et trépidante qui, comme la population, doit créer en permanence les conditions de sa propre survie. Il raconte la relation contestataire au pouvoir, les abus policiers, la désinformation des médias traditionnels. Des hommes et des femmes qui ne peuvent pas exprimer leur colère légalement mais le font à travers l'art sans avoir peur de surprendre et de choquer. Vibrant.Elles ont poignardé leur père, tué leur mari, ou empoisonné leur demi-frère avec un jus de fruits. Elles purgent leur peine dans un centre de détention iranien. Elle partagent un dortoir, jouent à la marelle, apprennent l'anglais, élèvent un enfant et cousent pour quelques dollars par mois. Un bien maigre butin qui ne leur permettra jamais d'acheter leur liberté. Abandonnées comme elles l'ont toujours été dans une société agressivement dominée par les hommes, ces jeunes femmes ont pris en main leur destin pour pallier le manque total de soutien... Qu'il soit familial ou légal. "C'est ton père. Tu as dû faire quelque chose de mal. Rentre chez toi." La police n'hésite pas à renvoyer les victimes à leurs bourreaux même quand elles arrivent au commissariat ensanglantées. Construit sur des bouts de vie en prison et des confessions face à une caméra souvent sans personne derrière pour mieux libérer la parole, Sunless Shadows dépeint le quotidien et sonde les pensées de filles battues, abusées, mariées contre leur gré dès leur plus jeune âge (douze ans pour certaines), qui ont eu le courage d'échapper à leur sort et ont commis l'irréparable pour y arriver. Face à Mehrdad Oskouei qui a réussi à gagner leur confiance (il s'était déjà penché dans Starless Dreams sur un centre de détention juvénile de Téhéran), elles retracent leur histoire, adressent des messages à leurs mères condamnées à mort, expriment leurs regrets, parfois leurs remords. Quand elles ne demandent pas le pardon. Un film fort, déchirant, dans lequel le milieu carcéral devient un abri contre la domination masculine.