Un Soir... Un Grain. Tel est le nom de l'asbl aux commandes du BRIFF. Calembour en hommage au film d'André Delvaux Un soir un train. Mais un grain de folie, c'est sûr, d'abord pour faire mentir la loi de l'échec programmé réservé aux nombreuses tentatives précédentes d'implanter un festival de cinéma dans la capitale. Mais aussi ensuite, au moment de programmer, de choisir les invités. Le plus inattendu et surtout marquant de cette deuxième édition est sans conteste Abel Ferrara. Le réalisateur de King of New York et de Bad Lieutenant n'est pas seulement un artiste par moments génial, transgressif à ses heures. C'est aussi un personnage, un vrai, qu'on pourrait croire sorti d'un de ses films épousant la marge avec une flamboyance qui n'appartient qu'à lui. Sa présence à Bruxelles est un événement, dignement fêté avec une rencontre publique (le 23 à 19h au Galeries) et une rétrospective comprenant, outre les deux immanquables précités, le magnifique The Funeral, Pasolini, et les tout récents Tommaso et The Projectionist.
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Un Soir... Un Grain. Tel est le nom de l'asbl aux commandes du BRIFF. Calembour en hommage au film d'André Delvaux Un soir un train. Mais un grain de folie, c'est sûr, d'abord pour faire mentir la loi de l'échec programmé réservé aux nombreuses tentatives précédentes d'implanter un festival de cinéma dans la capitale. Mais aussi ensuite, au moment de programmer, de choisir les invités. Le plus inattendu et surtout marquant de cette deuxième édition est sans conteste Abel Ferrara. Le réalisateur de King of New York et de Bad Lieutenant n'est pas seulement un artiste par moments génial, transgressif à ses heures. C'est aussi un personnage, un vrai, qu'on pourrait croire sorti d'un de ses films épousant la marge avec une flamboyance qui n'appartient qu'à lui. Sa présence à Bruxelles est un événement, dignement fêté avec une rencontre publique (le 23 à 19h au Galeries) et une rétrospective comprenant, outre les deux immanquables précités, le magnifique The Funeral, Pasolini, et les tout récents Tommaso et The Projectionist. S'il en a l'occasion, nul doute que l'amateur de films de genre qu'est Ferrara jettera plus qu'un coup d'oeil au nouveau Bertrand Bonello, Zombi Child (en compétition). Le réalisateur français de L'Apollonide et de Saint Laurent relie le thème du zombi (zombie avec un "e" est la forme américaine) à ses origines haïtiennes et au culte vaudou, avec un récit mêlant le présent au passé. Tourné avec un budget de série B, c'est tout sauf un petit film! Bonello rencontrera le public au cinéma Galeries le 25, à 19h. Autres rencontres à suivre, celles avec Michel Hazanavicius (le 21 à 20h à l'UGC De Brouckère), Émilie Dequenne (le 24 à 20h au Palace) et Bouli Lanners (le 22 à 15h30 au Galeries). Récompensé d'une mention spéciale au tout récent Festival de Cannes, It Must Be Heaven ouvrira le BRIFF. Elia Suleiman s'y met en scène quittant sa Palestine natale pour un ailleurs potentiellement propre à y installer ses pénates, pour s'apercevoir que son pays d'origine le suit toujours où qu'il aille. Un nouveau conte burlesque et doux-amer, par le cinéaste du formidable Intervention divine. De Chine nous vient un des plus beaux films de la compétition internationale. So Long, My Son tient du mélodrame familial, tout en adoptant cette approche très réaliste, parfois quasi documentaire, que le cinéma chinois contemporain pousse à sa quintessence dans l'oeuvre de Jia Zhangke et le récent chef-d'oeuvre de Hu Bo An Elephant Sitting Still. Commençant au début des années 80, le film de Wang Xiaoshuai s'enracine dans l'intimité d'un jeune couple confronté aux effets de la politique de l'enfant unique (imposée pour réduire la surpopulation du pays). La mort accidentelle d'un jeune fils, après l'avortement imposé d'un autre bébé potentiel, sera le déclencheur d'un récit interrogeant aussi les rapports de filiation et l'impact des décisions politiques sur la vie des gens. Avec une conclusion qui vous tire les larmes que vous aurez longtemps retenues auparavant... Bien d'autres films retiendront l'attention, outre ces quelques indispensables. On pense notamment au controversé God Exists Her Name Is Petrunya de Teona Strugar Mitevska, à Ray and Liz, remarquable premier long métrage du photographe Richard Billingham, et à Répertoire des villes disparues, le nouvel opus du très singulier et très doué Québécois Denis Côté (Carcasses, Curling). Chez les Belges, Virginie Gourmel (Cavale) et Mathieu Mortelmans (Bastaard) seront aussi à suivre. On sera très curieux de voir si le BRIFF confirme les promesses d'une première édition positive. Il ne serait pas mauvais qu'une manifestation cinématographique comme celle-là puisse s'installer durablement dans une ville et surtout dans son centre en pleine transformation physique. Bruxelles le mérite bien!