1961: À travers le miroir


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C'est en faisant les repérages pour À travers le miroir qu'Ingmar Bergman a découvert l'île de Farö, dans la Baltique, et son décor dépouillé. Une jeune femme sortie d'une clinique psychiatrique (Harriet Andersson) vient y séjourner, entourée de son mari, son père et son jeune frère. Censé être apaisant, cet environnement se révèle en réalité toxique, et si le film, austère, s'ouvre dans une certaine légèreté, c'est pour mieux mettre à jour les névroses et interrogations existentielles de ses protagonistes.Liv Ullmann et Bibi Andersson sont réunies dans ce film emblématique du cinéma de Bergman, assurément l'un des sommets du maître suédois. Actrice célèbre, la première tombe dans un mutisme total pendant une représentation d'Electre, la seconde, une infirmière expansive, l'accompagnant dans sa retraite de bord de mer où elle lui confie sa vie intime. S'ensuit un duel sans merci, le film, un complexe portrait de femmes, étant aussi la métaphore virtuose d'une cure analytique.Vivant en compagnie de sa femme dans l'isolement d'une île désolée, un peintre célèbre est prisonnier de son oeuvre comme de ses mondes intérieurs. Voilée d'étrangeté, se déployant en jeu de lumières et d'ombres plus encore, une étude du couple (Max Von Sydow et Liv Ullmann) comme l'oeuvre de Bergman les a multipliées, observant l'errance d'un homme à front de ses fantasmes et de ses névroses, voyage au coeur des ténèbres trouvant devant la caméra une densité tragique...L'on retrouve Max Von Sydow et Liv Ullmann dans La Honte. Ils y campent un couple de musiciens vivant dans une harmonie relative par des temps incertains, jusqu'au jour où la guerre civile, longtemps restée à l'état de rumeur, les rattrape, les époux se déchirant alors que la tragédie, partout, affleure. Le décor tourmenté de l'île Farö est ici présent comme rarement, en particulier la plage lunaire et décharnée de Langhammars où ils échouent, tentant de fuir la dévastation et la misère morale...Bergman et son chef-opérateur attitré, Sven Nykvist, tentent, avec Une passion, de créer un film en noir et blanc en couleurs. Les destins de deux couples s'y entremêlent en une confrontation ambivalente sur une île où sévit un mystérieux tueurs d'animaux. Si les différents acteurs (Liv Ullmann, Bibi Andersson, Max Von Sydow et Erland Josephson) commentent leur personnage en face caméra, le film cite aussi limpidement La Honte dans la scène de rêve où Anna erre dans une lande désolée.Initialement décliné en une série télévisée en six épisodes dont la petite histoire dit qu'elle suscita une hausse substantielle du nombre de divorces en Suède, Scènes de la vie conjugale fait l'autopsie d'un couple (Liv Ullmann et Erland Josephson) que les années ont inexorablement éloigné. "Nous sommes des analphabètes des sentiments" dira-t-il, constat sans appel pour un film implacable alternant crises feutrées et règlements de compte sanglants, laissant les êtres tout à leur noire solitude...