Le soir du jeudi 20 septembre 1973 à l'Astrodome de Houston, Billy Jean King, 29 ans, reine incontestée du tennis mondial, débarque sur un trône porté par des hommes en tenue d'esclaves à la manière de Cléopâtre pour affronter Bobby Riggs, 55 ans, macho magouilleur et autoproclamé vainqueur de Wimbledon en son temps, lequel arbore une veste portant la mention "Sugar Daddy" confortablement installé dans un pousse-pousse emmené par d'aguichantes bimbos. L'une soutient que les femmes méritent respect et considération, l'autre qu'il les aime mais uniquement dans la chambre ou en cuisine. King se voit offrir une sucette géante, Riggs un porcelet vivant. Le spectacle peut commencer... devant une foule de plus de 30.000 personnes et pour quelque 90 millions de téléspectateurs à travers la planète.
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Le soir du jeudi 20 septembre 1973 à l'Astrodome de Houston, Billy Jean King, 29 ans, reine incontestée du tennis mondial, débarque sur un trône porté par des hommes en tenue d'esclaves à la manière de Cléopâtre pour affronter Bobby Riggs, 55 ans, macho magouilleur et autoproclamé vainqueur de Wimbledon en son temps, lequel arbore une veste portant la mention "Sugar Daddy" confortablement installé dans un pousse-pousse emmené par d'aguichantes bimbos. L'une soutient que les femmes méritent respect et considération, l'autre qu'il les aime mais uniquement dans la chambre ou en cuisine. King se voit offrir une sucette géante, Riggs un porcelet vivant. Le spectacle peut commencer... devant une foule de plus de 30.000 personnes et pour quelque 90 millions de téléspectateurs à travers la planète. Cet épisode surréel et pourtant authentique, Valerie Faris et Jonathan Dayton, les réalisateurs de Little Miss Sunshine et Ruby Sparks, habiles faiseurs plus que grands cinéastes, s'en emparent aujourd'hui dans Battle of the Sexes, fiction ayant l'intelligence de s'intéresser davantage aux enjeux et aux coulisses de l'événement qu'au match de tennis en tant que tel. "Quand Fox Searchlight Pictures nous a proposé le scénario de ce projet il y a deux ans, avec la Présidentielle américaine en point de mire et l'annonce de la candidature d'Hillary Clinton, il nous semblait que c'était le moment idéal pour revenir sur cette histoire, se souvient Jonathan Dayton. La chose étant que nous n'avions absolument pas prévu que Clinton allait perdre... Et ce qui devait à l'origine être une célébration de toutes les avancées en matière d'égalité des sexes s'est subitement transformé en une douloureuse piqûre de rappel: il reste encore beaucoup de chemin à parcourir." Bien plus qu'une simple comédie outrancière adepte du show off, le film tend régulièrement vers le drame et le registre sensible. "Nous aimons le sport mais ce n'est pas la raison pour laquelle nous voulions faire ce film, sourit Valerie Faris. En soi, toute cette histoire est plutôt ridicule: une femme de 29 ans affrontant un homme de 55 ans sur un court de tennis... C'est pour ça qu'il nous importait de nous attarder sur la vie personnelle de Billie Jean. Mais aussi sur celle de Bobby. Devant les caméras, c'était une grande gueule, une personnalité très cartoon, mais la réalité est un peu plus complexe que cela. Bobby était un homme entre deux âges assez craintif. Il se sentait menacé par l'évolution du monde, de la société. Le film est une espèce d'échange, de va-et-vient, entre le privé et le public, qui se traduit de manière assez concrète en termes de mise en scène. Quand on filme le quotidien de Billie Jean ou celui de Bobby, on est très souvent dans la grammaire du gros plan, mais lorsqu'on montre le match on repasse à un point de vue plus distant, semblable à celui des caméras de télévision." À sa façon, classique mais pertinente, Battle of the Sexes illustre au fond la vérité suivante: l'intime est politique. "Oui, reprend Faris. Et cet événement a d'ailleurs irrémédiablement changé King. Il l'a aidée à trouver ce qu'elle appelle son moi authentique. Si elle n'était jamais sortie du placard, je pense que son parcours n'aurait pas eu l'influence qu'il a effectivement eue par la suite. Parce qu'elle n'a jamais cessé de se battre pour ce qu'elle croyait juste et est devenue un véritable symbole, un exemple, dans la défense des droits des femmes et de la communauté LGBT." En 2009, l'ex-championne reçoit ainsi sous l'impulsion de Barack Obama la médaille présidentielle de la Liberté, soit la plus haute distinction civile américaine. Elle est aussi élue par CNN comme l'une des "sept femmes qui ont changé le monde", aux côtés notamment de Simone de Beauvoir ou d'Anne Frank. Mais c'est également, déjà, à la victoire du divertissement sur le débat d'idées que le film, singulièrement fidèle aux faits réels mais aussi discrètement critique, invite à assister, épinglant l'effarante surenchère publicitaire ayant entouré ce match devenu culte. Car si l'intime est politique, le politique, lui, tient désormais du gigantesque barnum. "C'est l'une des résonances actuelles les plus manifestes du film en effet, opine Dayton. Ce match contribue à brouiller les limites entre politique et spectacle de cirque. Il annonce la confusion que nous connaissons aujourd'hui entre actions gouvernementales et reality show. Par bien des aspects, la politique s'est transformée en vulgaire produit de consommation."