C'était sans équivoque l'un des films les plus attendus du printemps. Les circonstances ayant imposé le report de la sortie en salles de Pour l'éternité (About Endlessness), le nouvel opus du cinéaste suédois Roy Andersson, auteur du magistral Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence, Lion d'or à Venise en 2014, son distributeur, Lumière, a choisi de diffuser le film en primeur sur sa plateforme, Lumierefilms.be, un coup d'essai qui en appelle d'autres.(1)
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C'était sans équivoque l'un des films les plus attendus du printemps. Les circonstances ayant imposé le report de la sortie en salles de Pour l'éternité (About Endlessness), le nouvel opus du cinéaste suédois Roy Andersson, auteur du magistral Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence, Lion d'or à Venise en 2014, son distributeur, Lumière, a choisi de diffuser le film en primeur sur sa plateforme, Lumierefilms.be, un coup d'essai qui en appelle d'autres.(1) Artiste rare -six longs métrages à peine en 50 ans-, Andersson occupe une place à part dans le cinéma contemporain, tenant d'un univers insolite qu'il déploie dans de longs plans fixes, comme autant de tableaux laconiques peuplés d'individus fardés de blanc et composant le portrait d'une humanité désenchantée, croqué dans un mélange d'humour à froid et d'onirisme funèbre. Il n'en va pas autrement de About Endlessness, quatrième volet d'un ensemble consacré à la condition humaine, entamé avec le siècle sur Chansons du deuxième étage, et prolongé ensuite par Nous, les vivants et Un pigeon..., une réflexion comme seul ce cinéaste-taxidermiste peut les imaginer. S'ouvrant, comme en écho à l'imagerie pieuse, sur les évolutions célestes d'un couple survolant les ruines de Cologne dévastée par la guerre, le film aligne ensuite, au son d'une voix off atone, une succession de vignettes sans autre fil narratif apparent que de souligner l'absurdité de l'existence. Un curieux kaléidoscope où l'errance balbutiante d'un prêtre déserté par la Foi voisine un crime d'honneur aussitôt regretté, mais aussi divers moments anodins (une scène de restaurant façon Tati, un rendez-vous homérique chez le dentiste...), l'Histoire surgissant à l'occasion au détour d'un plan -ainsi de Hitler et de la tragédie du XXe siècle. Peuplée de protagonistes le plus souvent figés, comme déjà morts sous les assauts conjugués de l'indifférence et de la cruauté, la vision serait uniformément désespérée si ne s'y exprimait encore la bonhomie d'Andersson, témoignant de bienveillance à l'égard de ses personnages et de leurs faiblesses, et allant jusqu'à laisser le bénéfice de la légèreté aux plus jeunes d'entre eux. L'on ne parlera certes pas d'optimisme béat, l'humeur d'ensemble restant résolument désabusée; pour autant, il y a là, infusée de poésie burlesque, une bulle tout à la fois désenchantée et enchantée. Quelque chose comme un tour de force... (1) Plusieurs distributeurs indépendants ont conclu un accord avec des plateformes VOD (UniversCiné, Voo, Proximus, Lumière, Dalton...) afin que des films sortis récemment (comme La Vérité, Sibel, Benni, Jumbo et d'autres) et des nouveautés à venir soient disponibles en attendant la réouverture des salles.