Adolescent colombien s'étant donné pour mission de sauver son quartier de la guerre armé d'une simple statue de la Sainte Vierge (Carlitos Medellin en 2003); enfants-soldats ivres d'alcool et de drogues se livrant au pillage, au viol et au meurtre au Liberia (Johnny Mad Dog en 2008); jeune punk coké adepte de bastons rageuses en banlieue parisienne (Punk en 2013) -à quoi on pourrait encore ajouter un projet avorté sur le trauma consécutif au drame du Heysel, ou un long métrage à venir au titre assez évocateur, Addicted to Violence, suivant un photojournaliste engagé dans une confrontation jusqu'au-boutiste avec le réel qui parcourt le monde en accro de l'adrénaline... Voyageuse, la filmographie du Français Jean-Stéphane Sauvaire dessine des lignes de force relativement limpides. "Ce qui m'intéresse avant tout, c'est la violence, opine l'intéressé, de passage au dernier Film Fest de Gand. Et de voir comment il est possible d'en sortir quand on y est confronté dès le plus jeune âge. Le cinéma fonctionne à la manière d'une thérapie pour moi, je ne m'en cache pas. Mon enfance a été marquée par des faits violents, et il est indéniable que je me suis construit avec ça."
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Adolescent colombien s'étant donné pour mission de sauver son quartier de la guerre armé d'une simple statue de la Sainte Vierge (Carlitos Medellin en 2003); enfants-soldats ivres d'alcool et de drogues se livrant au pillage, au viol et au meurtre au Liberia (Johnny Mad Dog en 2008); jeune punk coké adepte de bastons rageuses en banlieue parisienne (Punk en 2013) -à quoi on pourrait encore ajouter un projet avorté sur le trauma consécutif au drame du Heysel, ou un long métrage à venir au titre assez évocateur, Addicted to Violence, suivant un photojournaliste engagé dans une confrontation jusqu'au-boutiste avec le réel qui parcourt le monde en accro de l'adrénaline... Voyageuse, la filmographie du Français Jean-Stéphane Sauvaire dessine des lignes de force relativement limpides. "Ce qui m'intéresse avant tout, c'est la violence, opine l'intéressé, de passage au dernier Film Fest de Gand. Et de voir comment il est possible d'en sortir quand on y est confronté dès le plus jeune âge. Le cinéma fonctionne à la manière d'une thérapie pour moi, je ne m'en cache pas. Mon enfance a été marquée par des faits violents, et il est indéniable que je me suis construit avec ça." Tout comme Billy Moore, le protagoniste cabossé de son nouveau A Prayer Before Dawn, expérience immersive viscérale dans l'enfer d'une prison thaïe où un jeune boxeur anglais se retrouve incarcéré pour possession de stupéfiants. Confronté à la sauvagerie des gangs, il s'y bat pour sa survie au cours d'affrontements ultra brutaux d'où il émerge livide, couvert de sang, en figure quasiment vampirique, voire de mort-vivant. "Au départ, ce sont les producteurs liverpuldiens de Terence Davies qui m'ont amené le projet. Ils ont vu un jour débouler dans leurs bureaux le vrai Billy Moore avec le manuscrit de ses mémoires. L'affaire a plus ou moins été classée sans suite, mais Moore n'a rien lâché. Comme ils étaient tous un peu effrayés par ce type buté, tatoué, l'oreille à moitié arrachée, qui revenait régulièrement leur demander ce qu'ils pensaient de son histoire, ils ont fini par lire le manuscrit, qu'ils ont trouvé intéressant (sourire) ." "Le scénario qu'on m'a d'abord proposé lorgnait ouvertement le film d'action un peu bourrin avec un personnage à la Jason Statham, poursuit Sauvaire. C'est moi qui ai insisté pour retourner vers le manuscrit original, au plus près du réel, des détails authentiques. Billy est très dur, guidé par un instinct de férocité, mais il a aussi quelque chose de très innocent, de vulnérable, sensible. Cette dualité m'intéressait. Son histoire est assez peu conventionnelle, puisque c'est quelqu'un qui a fini par trouver sa liberté en étant enfermé entre les quatre murs d'une prison. Il a réussi à passer de l'animalité à la spiritualité dans un contexte brutal." À son image, le film tend ouvertement vers une dimension mystique. Par son titre, déjà, et cette idée de prière. À travers les tatouages des prisonniers, également. Mais aussi en poussant le concept même de la violence jusqu'à la transe. "Billy n'est pas en paix avec lui-même, il se hait, et en lui règne le chaos. Sa tête est pleine de bruits et de cris. Son parcours dans le film tend vers l'idée de parvenir à faire le silence. Tout le traitement du son découle de cette trajectoire-là. Idem visuellement: l'image multiplie les couches -rideaux, barrières...- qui font obstacle devant lui avant d'ouvrir les choses, de dégager peu à peu son horizon." Chez Jean-Stéphane Sauvaire, c'est moins le réel qui se plie au cinéma que le cinéma qui se plie au réel. En ce sens, A Prayer Before Dawn fait fi de toutes les références qui pourraient le rattacher à la vaste tradition du film de prison. Radical, le résultat l'est à plus d'un titre, jusque dans son procédé de narration, qui embarque littéralement le spectateur à la suite de son jeune boxeur. "On découvre la prison et ses codes en même temps que Billy. Comme lui, on ne comprend pas le langage qui y est parlé. Aujourd'hui, dans les séries télé notamment, on est beaucoup sur les dialogues, les explications. L'idée même de progrès semble aller désormais dans le sens d'une perte de physicalité. L'avènement de la réalité virtuelle, par exemple, suggère une dimension de plus en plus cérébrale. Je voulais renouer avec la réalité brute du corps. C'est pour ça aussi qu'aux côtés de Billy (interprété par Joe Cole, comédien britannique vu dans les série Skins ou Peaky Blinders, NDLR) , j'ai décidé de travailler avec des non-professionnels, des anciens taulards qui arrivent avec leurs tatouages et leurs expériences de vie: leur corps raconte déjà une histoire. Je voulais que le spectateur comprenne sans passer par les mots. Hitchcock disait qu'à chaque fois qu'il pouvait remplacer un dialogue par une image, il avait gagné quelque chose. Je crois beaucoup à ça." Ce qui se traduit également par une caméra à l'épaule guerrière rivée aux visages, aux poings, aux peaux, se refusant, ou presque, le moindre temps mort. "Comme on avait un petit budget et peu de jours de tournage, on a filmé chaque scène en plan-séquence. C'était aussi l'idée d'imprimer un rythme qui rappellerait vraiment celui du réel. Bon, quand je suis arrivé au montage, je me suis retrouvé avec un machin long de six heures (sourire) . J'ai fini par découper à l'intérieur des plans, mais je pense que le film conserve sa logique d'écriture en plans-séquences, c'est-à-dire que la caméra aspire le spectateur dans une promiscuité permanente, avec comme pivot constant le personnage de Billy, dont il s'agit de traduire le point de vue. Le son travaillant également l'idée d'une subjectivité en alerte, avec beaucoup de bruits de respiration notamment. Tous les ex-détenus thaïs nous l'ont dit: la vie en prison est faite de tension permanente. On est toujours sur le qui-vive. Parce que tout peut arriver, à n'importe quel moment. C'est devenu le motto du film."