L'on a trop vite fait de ranger Yves Klein derrière le bleu IKB -le fameux "International Klein Blue", un médium fixatif dont la formule a été déposée en 1960 à l'Institut national de propriété industrielle- de ses monochromes. Ce qui en résulte est regrettable: à la façon d'une synecdoque, la partie cache le tout. Du coup, on passe à côté de rien moins que l'un des trois artistes fondateurs du XXe siècle. Car ce que Klein préfigure est énorme, presque trop grand pour un seul homme. Son oeuvre annonce tout à la fois l'art conceptuel -l'idée qui prend le pas sur l'objet-, la performance, l'installation, le Body Art -le corps a la parole-, ou encore le Land Art -la nature comme principe actif de création. Première grande monographie consacrée à ce plasticien français (1928-1962) en Belgique depuis les années 60, Le Théâtre du Vide a été mis sur pied par les équipes curatoriales de la Tate Liverpool, emmenées par Darren Pih. Le "senior curator" britannique revient sur l'apport de Klein à l'Histoire de l'art. "Je considère Yves Klein comme un artiste pivot. D'une part, sa démarche est liée aux mouvements d'avant-garde qui précèdent, à l'instar d'un Kasimir Malevitch et de son exploration des potentiels du monochrome. De l'autre, Klein s'inscrit dans la lignée de la création artistique de l'immédiat après-guerre, celle-ci était dominée par l'introspection existentielle et une forme d'expressionnisme dominé par le geste. Il préfigure tout...