Très souvent, on a pu entendre prononcer ces phrases: "Bientôt le déconfinement, il faut relancer l'économie, retrouver notre vie d'avant."

Mais qui le souhaite réellement? Y a-t-il un véritable désir de retour à cette vie d'avant?

Le confinement n'a fait que confirmer, voire accentuer la fracture de notre société.

Ainsi, les démunis sont toujours, voire davantage, défavorisés, les esseulés encore plus isolés, les précaires encore plus fragilisés, les oubliés sans cesse ignorés. En somme, il y a ceux qui se sacrifient, ceux qui agissent, ceux qui subissent et, les autres. Dans ce contexte inégalitaire, exacerbé par une économie en léthargie, il est vrai que certains se démènent, parfois jusqu'à l'épuisement, afin de pallier aux injustices sociales.

D'ailleurs, il faut observer que cette solidarité, de nouveau, s'est tout d'abord manifestée de manière citoyenne. Des gestes d'empathie sincères pour certains. Des mouvements uniquement opportunistes pour d'autres. Or, aujourd'hui, Il ne s'agit pas simplement de soulager momentanément sa conscience, de suspendre notre habituelle inaction, d'attendre le retour du temps d'avant. En soi, il y a peu de chances que la vie reprenne son cours normal.

Car, si on la scrute, cette vie d'avant qui nous manque tant, cette vie "non confinée", en quoi consistait-elle exactement? Une liberté finalement peu exploitée, des jours gaspillés à accepter son présent, sans le réinventer, sans le remettre en question.

Et là, d'un coup, d'un seul, il nous suffit d'être cloitré pour nous rendre compte que, grâce à cet enfermement et, pour la première fois, un espace se dégage pour une pensée critique, une lucidité constructive.

Quel cadeau!

Exit, la perpétuelle fuite en avant, exit, cette charge mentale qui ne s'allégeait jamais, exit de ce tunnel infini qui nous faisait passer d'une sollicitation à une autre.

Le temps nous est rendu pour une durée incertaine. Alors, qu'en faire? Puisque la consommation se voit réduite à son expression la plus fondamentale: se sustenter. Qu'est-ce qui peut encore, à ce stade, nous détourner ou nous distraire de nous-mêmes? Le décompte des morts des journaux télévisés? Les chaînes délivrant des séries en boucle? Les réseaux sociaux? Ou encore cette obstination frénétique à démarrer notre vie post-pandémique, au plus vite? Retrouver ce modèle économique confortable et rassurant qui nous empêchait de voir au-delà de nos agendas?

Finalement, si on y prête attention, il persiste un manque, un vide qui s'accroche au plus profond de nous. Et, personnellement, je ne pense pas que cela soit la vie passée qui nous fasse défaut ou provoque ce déséquilibre existentiel. Non, c'est davantage le resurgissement des possibles enfouis, la révélation de nos territoires créatifs laissés en jachère, qui redonne un potentiel espoir.

Certes, il est temps de s'emparer de ce temps suspendu, dans notre quotidien ajourné, pour réfléchir seul, en famille, entre amis, entre collègues, sur les moyens de réorganiser nos vies, nos institutions, nos espaces publics.

L'art est, à mon sens, une réponse à la crise que nous vivons. Les artistes possèdent des outils formidables pour permettre cet éveil constant de nos consciences. Plus que jamais, imaginons, créons, inventons, actons des choix plus conformes à nos valeurs, défendons nos idées, donnons-leur la chance de se déployer dans le partage, trouvons ce que chacun peut apporter d'unique au sein de nos collectivités. Profitons, du moins, de cette formidable opportunité de jouir librement de notre part de cerveau disponible.

Monica Gomes

Direction générale et artistique du Théâtre la Balsamine

La Balsamine est signataire de la Charte United Stages.

Très souvent, on a pu entendre prononcer ces phrases: "Bientôt le déconfinement, il faut relancer l'économie, retrouver notre vie d'avant."Mais qui le souhaite réellement? Y a-t-il un véritable désir de retour à cette vie d'avant?Le confinement n'a fait que confirmer, voire accentuer la fracture de notre société.Ainsi, les démunis sont toujours, voire davantage, défavorisés, les esseulés encore plus isolés, les précaires encore plus fragilisés, les oubliés sans cesse ignorés. En somme, il y a ceux qui se sacrifient, ceux qui agissent, ceux qui subissent et, les autres. Dans ce contexte inégalitaire, exacerbé par une économie en léthargie, il est vrai que certains se démènent, parfois jusqu'à l'épuisement, afin de pallier aux injustices sociales.D'ailleurs, il faut observer que cette solidarité, de nouveau, s'est tout d'abord manifestée de manière citoyenne. Des gestes d'empathie sincères pour certains. Des mouvements uniquement opportunistes pour d'autres. Or, aujourd'hui, Il ne s'agit pas simplement de soulager momentanément sa conscience, de suspendre notre habituelle inaction, d'attendre le retour du temps d'avant. En soi, il y a peu de chances que la vie reprenne son cours normal. Car, si on la scrute, cette vie d'avant qui nous manque tant, cette vie "non confinée", en quoi consistait-elle exactement? Une liberté finalement peu exploitée, des jours gaspillés à accepter son présent, sans le réinventer, sans le remettre en question.Et là, d'un coup, d'un seul, il nous suffit d'être cloitré pour nous rendre compte que, grâce à cet enfermement et, pour la première fois, un espace se dégage pour une pensée critique, une lucidité constructive.Quel cadeau!Exit, la perpétuelle fuite en avant, exit, cette charge mentale qui ne s'allégeait jamais, exit de ce tunnel infini qui nous faisait passer d'une sollicitation à une autre.Le temps nous est rendu pour une durée incertaine. Alors, qu'en faire? Puisque la consommation se voit réduite à son expression la plus fondamentale: se sustenter. Qu'est-ce qui peut encore, à ce stade, nous détourner ou nous distraire de nous-mêmes? Le décompte des morts des journaux télévisés? Les chaînes délivrant des séries en boucle? Les réseaux sociaux? Ou encore cette obstination frénétique à démarrer notre vie post-pandémique, au plus vite? Retrouver ce modèle économique confortable et rassurant qui nous empêchait de voir au-delà de nos agendas?Finalement, si on y prête attention, il persiste un manque, un vide qui s'accroche au plus profond de nous. Et, personnellement, je ne pense pas que cela soit la vie passée qui nous fasse défaut ou provoque ce déséquilibre existentiel. Non, c'est davantage le resurgissement des possibles enfouis, la révélation de nos territoires créatifs laissés en jachère, qui redonne un potentiel espoir. Certes, il est temps de s'emparer de ce temps suspendu, dans notre quotidien ajourné, pour réfléchir seul, en famille, entre amis, entre collègues, sur les moyens de réorganiser nos vies, nos institutions, nos espaces publics.L'art est, à mon sens, une réponse à la crise que nous vivons. Les artistes possèdent des outils formidables pour permettre cet éveil constant de nos consciences. Plus que jamais, imaginons, créons, inventons, actons des choix plus conformes à nos valeurs, défendons nos idées, donnons-leur la chance de se déployer dans le partage, trouvons ce que chacun peut apporter d'unique au sein de nos collectivités. Profitons, du moins, de cette formidable opportunité de jouir librement de notre part de cerveau disponible.Monica GomesDirection générale et artistique du Théâtre la BalsamineLa Balsamine est signataire de la Charte United Stages.