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Il a gagné en popularité en jouant aux côtés d'Omar Sy dans Chocolat, le film retraçant la vie du clown noir du même nom. Mais James Thierrée est avant tout un homme de scène, dont les spectacles poético-burlesques empruntent aux acrobaties et aux illusions circassiennes. Jeu clownesque, contorsions et prestidigitation figurent à nouveau au programme de La Grenouille avait raison, fable inspirée des frères Grimm. Une fratrie y est enfermée dans une scénographie complexe où se mêlent mobile suspendu, étang miniature et escalier sans fin. Partageant sa vie entre la Belgique, la France et sa Bulgarie natale, le metteur en scène Galin Stoev clôture son triptyque de pièces écrites par sa compatriote Yana Borissova. Créé en mars dernier à La Colline à Paris (où Stoev est artiste associé), Les Gens d'Oz se penche sur les amours, espoirs et désillusions de cinq personnes habitant ou fréquentant le même immeuble. Et, oui, c'est bien Yoann Blanc, l'inspecteur de La Trêve, qui endosse le rôle de Truman, pianiste mélancolique et marginal. À l'heure d'écrire ces lignes, le Singel d'Anvers a déjà ouvert une liste d'attente pour ses quatre représentations, toutes complètes, et il ne reste que quelques tickets pour les dates bruxelloises au KVS. Mieux vaut donc ne pas traîner pour décrocher un sésame pour assister à la nouvelle création d'Alain Platel et des ballets C de la B, dont le dernier coup d'éclat était un solide Coup fatal. Nicht slafen ("ne pas dormir") réunit neuf interprètes, la musique du compositeur autrichien Gustav Mahler, des polyphonies congolaises et une scénographie conçue par la plasticienne Berlinde De Bruyckere. Un fameux programme. Courez, on vous dit! Qu'il utilise faux nez et marionnettes pour raconter les aventures de deux jumeaux têtes de Turc (Tête à claques), qu'il dresse une atmosphère musicale avec son violon et sa guitare (Going Home) ou qu'il rêve d'immortalité dans le dernier Fabrice Murgia (Black Clouds), François Sauveur a fait depuis longtemps montre de l'étendue de ses talents. Il ajoute aujourd'hui à son arc déjà bien garni les cordes d'auteur et de metteur en scène avec En attendant le jour. Un spectacle inspiré par l'expérience de son père, médecin spécialisé en soins palliatifs et qui aborde le sujet -ô combien sensible dans nos sociétés vieillissantes- de l'euthanasie. Laissez vos mouchoirs à la maison: cette création se veut avant tout "un hommage à la vie, à la tolérance et à l'empathie". Ce n'est pas de la danse classique et ce n'est pas du hip hop, c'est quelque part entre les deux. Le chorégraphe américain Kyle Abraham place l'action de Pavement sur un terrain de basket et s'inspire de Boyz N the Hood, film de 1991 avec Cuba Gooding Jr. et Laurence Fishburne qui dressait le portrait sans fard d'une jeunesse afro-américaine luttant contre la discrimination raciale et le déterminisme social. La bande-son de Pavement, elle aussi résolument hybride, orchestre le croisement de Britten et Brel, de Bach et Ryuichi Sakamoto. Elle avait séduit public et critique avec ses Bonnes Intentions, récit porté seule en scène d'une adoption ratée. Cathy Min Jung revient, toujours aussi déterminée à en découdre, en troquant sa casquette de comédienne contre celle de metteuse en scène. Dans Sing My Life, elle conjugue le cauchemar -les vagues de licenciements dans une usine- et le rêve -un concours de chant à la télé comme porte de la gloire. Tant qu'il y a de l'espoir...La compagnie bruxelloise Peeping Tom aime les trilogies. Après avoir visité une maison du Salon au Sous-sol en passant par le Jardin, elle se penche sur la famille en s'intéressant successivement au père, à la mère et aux enfants. Elle en est pour l'instant au second volet, Moeder, qui sera créé en Allemagne fin septembre. On y retrouvera l'univers si particulier de Peeping, à la fois tendre et inquiétant, délirant et drôle, évoluant en équilibre instable entre la danse et le théâtre. Voilà un titre qui ne s'applique certainement pas à Antoine Defoort. Ce performeur et plasticien qui se définit lui-même comme "un artiste de variété, cherchant à exploiter la pénétration du quotidien dans l'art contemporain" démontrera à nouveau dans cette conférence-spectacle prenant comme sujet les droits d'auteur (si, si) sa géniale capacité à faire rire et réfléchir avec pour toutes armes un dessin et quelques boîtes en carton. A noter que le gaillard sera aussi au Varia début décembre pour la reprise de Germinal. Peter Brook qui présente un spectacle en Belgique, ce n'est pas tous les jours. Ce sera le cas à l'Atelier Jean Vilar qui a l'exclusivité de la nouvelle création de cette légende vivante: Battlefield, d'après le Mahabharata. Trente ans après avoir présenté au festival d'Avignon une adaptation scénique de cette épopée de la mythologie hindoue considérée comme le plus long poème jamais écrit (plus de 80 0000 strophes), Peter Brook, 90 ans, puise à nouveau dans la "Grande Geste" des Bharata pour une histoire qui commence sur un champ de cadavres, après la bataille. Dans la distribution internationale figure Carole Karemera, comédienne belge d'origine rwandaise vue notamment au cinéma chez Marion Hänsel (Si le vent soulève les sables) et au théâtre, dirigée par Jacques Delcuvellerie (Rwanda 64, Anathème). En 2004, ils créaient avec le metteur en scène Aurélien Bory Taoub ("tissu") le premier spectacle contemporain d'acrobatie marocaine. Une révélation. Les artistes du Groupe Acrobatique de Tanger ont depuis fait le tour du monde avec leur mélange singulier de tradition et de modernité, de sacré et de profane. Dans Halka, leur dernière création, ils sont quatorze à se partager la piste pour renouveler une pratique séculaire née sur les plages de la Méditerranée et transmise de génération en génération. "Le propre et le sale". Le titre de la nouvelle création de Vera Mantero, inspirée par Les Trois Ecologies du philosophe Félix Guattari, renvoie aussi bien aux problématiques écologiques et au développement durable qu'à l'individu, à l'art et à la vie en général. La transition, qu'elle soit intérieure ou environnementale, se trouve au coeur de ce trio auquel la chorégraphe portugaise prend elle-même part. Le Kaai en accueille la première belge.