La météo bruxelloise manque singulièrement de courtoisie. Pretty shocking! Alors qu'elle est habituée à ce que l'on lui déroule le tapis rouge, c'est à coup de seaux d'eau déversés sans la moindre délicatesse que le ciel de la capitale accueille Pandemonia. Peu importe, car c'est avec un calme tout britannique que la créature longiligne traverse les méchancetés automnales. Ce flegme s'explique: si le latex s'avère une matière difficile à porter, dans laquelle la peau ne respire pas, il possède néanmoins des vertus "waterproof" manifestes. Pas une mèche de cheveux rebelle, ni un éclat dans le rouge à lèvre, c'est bien pimpante que la bimbo en plastique débarque au Louise 345, un concept d'hôtellerie haut de gamme où elle a donné rendez-vous à la presse. C'était prévisible, les conversations et le bruit des couverts des hommes d'affaires habitués aux butlers en gants blancs marquent un temps d'arrêt lorsque Pandemonia pousse la porte de la salle du restaurant. Les yeux roulent comme des boules de billard devant l'étrange personnage que l'on dirait tout droit sorti d'une bande dessinée. Le total look: trenchcoat jaune pétant élégamment noué à la taille, sac à main flashy assorti, pantalon turquoise ultramoulant...

La météo bruxelloise manque singulièrement de courtoisie. Pretty shocking! Alors qu'elle est habituée à ce que l'on lui déroule le tapis rouge, c'est à coup de seaux d'eau déversés sans la moindre délicatesse que le ciel de la capitale accueille Pandemonia. Peu importe, car c'est avec un calme tout britannique que la créature longiligne traverse les méchancetés automnales. Ce flegme s'explique: si le latex s'avère une matière difficile à porter, dans laquelle la peau ne respire pas, il possède néanmoins des vertus "waterproof" manifestes. Pas une mèche de cheveux rebelle, ni un éclat dans le rouge à lèvre, c'est bien pimpante que la bimbo en plastique débarque au Louise 345, un concept d'hôtellerie haut de gamme où elle a donné rendez-vous à la presse. C'était prévisible, les conversations et le bruit des couverts des hommes d'affaires habitués aux butlers en gants blancs marquent un temps d'arrêt lorsque Pandemonia pousse la porte de la salle du restaurant. Les yeux roulent comme des boules de billard devant l'étrange personnage que l'on dirait tout droit sorti d'une bande dessinée. Le total look: trenchcoat jaune pétant élégamment noué à la taille, sac à main flashy assorti, pantalon turquoise ultramoulant, lunettes parme aux verres fumés, petit chien rose, chaussures à talon blanches, coiffure posée sur la tête comme un régime de bananes indisciplinées arrosé de guimauve... Il faut avouer qu'il y a là de quoi s'étouffer avec un grain de caviar. Passée la stupeur initiale, les discussions reprennent bon train. Ce n'est pas la voix, quasi fluette, de l'intéressée qui se rappellera au bon souvenir des convives: il est nécessaire de tendre l'oreille à l'extrême pour écouter l'histoire de Pandemonia. Qui se cache derrière cette tonitruante silhouette qui murmure à l'oreille des journaleux? Forgé il y a une dizaine d'années par un artiste londonien anonyme formé à la gravure, le projet artistique multimédia qui répond au nom de Pandemonia consiste en la mise en circulation dans la vraie vie d'un personnage en latex à l'intérieur duquel le plasticien en question traverse le monde "comme dans un navire". Une sorte de "sculpture sociale" comme l'a théorisée Joseph Beuys. Mais plutôt que de viser un monde plus juste, comme c'était le cas pour la figure emblématique du mouvement Bewegung, Pandemonia a pour finalité de pousser plus loin, en les adaptant aux nouvelles stratégies médiatiques, les questions soulevées par le pop art. De la même façon que Warhol brossait un portrait d'une Amérique entrant de plain-pied dans l'ère de la consommation et des médias de masse, Pandemonia instaure une réflexion sur la montée en puissance des réseaux sociaux, des marques et de la prolifération des images. Là où le père de la Factory singeait les méthodes industrielles de production capitalistes, l'égérie synthétique adopte la prolifération virale. On connaît la fameuse déclaration de celui qui a produit le premier album du Velvet Underground: "Dans un monde mécanisé, l'artiste devient machine. C'est ce que je veux être, une machine." On pourrait adapter la citation en écrivant que dans un monde devenu creux et superficiel, l'artiste qui se cache derrière Pandemonia a choisi d'être un personnage à la superficialité totale. C'est flagrant lorsqu'on l'interroge sur l'étincelle qui a mis le feu aux poudres. "Une fois mon déguisement mis au point, je me suis demandé par où commencer. Je pouvais me rendre dans un club ou prendre le métro mais ça n'aurait pas suffi. J'ai eu l'idée de profiter de la Fashion Week de Londres. Mon choix s'est arrêté sur le défilé d'une marque célèbre. J'ai pris un taxi qui m'a déposée devant l'entrée. Dès que j'ai ouvert la porte, les paparazzis se sont mis à me mitrailler, le public se pressait pour savoir qui j'étais. Alors que je n'avais même pas d'invitation, l'équipe PR m'a d'emblée entourée et m'a dirigée vers une place au premier rang. La mécanique virale de la circulation des images s'est alors mise en route. Je n'avais rien à faire, simplement me laisser photographier. J'aurais bien voulu savoir ce que Warhol en aurait pensé. J'utilisais comme lui la puissance de la série et de la reproductibilité mais sans avoir à lever le petit doigt", détaille l'intéressée en repoussant ses lunettes qui glissent sur son masque en latex, un geste qu'elle répétera tout au long de l'interview. Il n'en faudra pas plus pour que le profil de Pandemonia -un nom emprunté au fameux poème de Milton, Paradise Lost- circule à travers la planète. Mais quid de son apparence, minutieusement façonnée, et qui n'est pas sans rappeler les personnages que l'on trouve dans les tableaux de Roy Lichtenstein. Elle analyse: "J'ai voulu un personnage féminin pour plusieurs raisons. D'abord, parce qu'étant homme, il me semblait intéressant d'entrer en résonance avec l'autre face de la pièce de monnaie chromosomique. Ensuite, j'aimais le fait que la femme soit à la fois un motif traditionnel de la représentation et l'emblème publicitaire néo-libéral par excellence. C'est son image qui fait vendre. Une fois cela établi, j'ai cherché à concevoir un être archétypal. Ses cheveux, par exemple, ne sont pas des cheveux, ce sont les symboles des cheveux. Il en va de même pour le reste: son sac, ses chiens, ses lèvres... C'est de la sémiologie appliquée. Quant au latex, c'était son aura sexuelle que je visais." Avec sa plastique irréprochable, Pandemonia a suscité la convoitise des marques. Les Espagnols de Camper l'ont sollicitée pour une étrange campagne d'un modèle de chaussures aussi invendable que spécialement conçu pour ses pieds lisses. Marrant? Oui, sauf que la griffe n'a pas résisté à commercialiser un produit dérivé, soit une serviette à son effigie. Lequel textile a été massivement détourné sur Instagram à la faveur de mises en scène décalées... que Pandemonia a utilisées à son tour pour produire des oeuvres vendues en galerie. Ver dans la pomme libérale ou partie intégrante du système? Sa réponse fuse: "Une oeuvre d'art soulève des questions mais n'y répond pas. Je laisse le soin à chacun de trancher en son âme et conscience."