Galerie Tim Van Laere, Anvers. Du 05/09 au 12/10.
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Au moment où la poste nationale lui fait l'honneur d'émettre un timbre à son effigie, après Luc Tuymans, Michael Borremans ou Panamarenko, Rinus Van de Velde effectue une rentrée en force à la faveur d'un solo show à la Tim Van Laere Gallery. Fort d'une maturité de plus en plus manifeste, l'artiste anversois débarque à l'endroit précis où on ne l'attendait pas. Outre ses grands formats au fusain et de nouveaux petits formats colorés, le James Dean flamand, comme l'a surnommé la presse, crée la surprise en dévoilant un film de 40 minutes. Entièrement tourné dans son atelier avec les moyens du bord, The Villagers se découvre comme un objet cinématographique réjouissant et cohérent, quelque part entre Wes Anderson et Michel Gondry.Après avoir fait sensation à Tolède, l'exposition Free Energy débarque à Bruxelles sous un intitulé raccourci. Il reste que "Free" va comme un gant à cet artiste belge dont les toiles, à travers un jeu abstrait de formes dynamiques et de couleurs, évoquent les tempos et les improvisations musicales. À juste titre car c'est bien le jazz, la musique sérielle ou le minimalisme d'un Philip Glass qui composent la bande-son des tableaux-partitions d'Yves Zurstrassen. Le tout pour une mini-rétrospective inversée qui mènera les visiteurs de 2019 à 2009.Faire le tour des expositions les plus significatives en un week-end? C'est possible et c'est même l'ADN du Brussels Gallery Weekend, événement dont une 12e édition laisse entrevoir la popularité. Parmi les temps forts de la programmation, les amateurs de minimalisme radical ne manqueront sous aucun prétexte l'accrochage que la Fondation CAB consacre à Claude Rutault. Pour rappel, cet artiste se distingue par son choix programmatique de ne pas peindre ses oeuvres lui-même, pas plus qu'il ne participe à la supervision de leur production.C'est incontestablement l'événement plastique de la rentrée: la première exposition personnelle de l'artiste mexicaine en Belgique. Mis en appétit par les oeuvres que l'intéressée montre en ce moment à la 58e Biennale de Venise -entre autres La Búsqueda, une installation liée aux meurtres restés inexpliqués dans la ville de Juárez-, on trépigne d'impatience de découvrir cette proposition inédite mêlant de nouvelles pièces directement en lien avec la ville qui l'accueille et des pièces majeures emblématiques d'une pratique au croisement du baroque et de l'engagement politique. Pour en prendre la mesure, il faut se souvenir que parallèlement à ses études d'art, Margolles a obtenu un diplôme en médecine légale, spécialisation qui l'a poussée à examiner la mort au plus près de sa réalité. Le détail est tout sauf anodin dans un pays en proie à une violence endémique, quelque part entre l'injustice sociale constitutive et le narcotrafic. C'est donc une exposition hautement inflammable que l'on s'apprête à découvrir.En plus d'être au générique d'Open Skies au Wiels (lire ci-dessous), Emmanuel Van der Auwera expose ses films, vidéos-sculptures et autres installations au Museum du Botanique. L'occasion est belle pour prendre le pouls d'une pratique qui décrypte et réagence le système des images actuel. Tout particulièrement en ligne de mire se trouve Periscope, plateforme qui permet à ses utilisateurs de retransmettre en direct ce qu'ils sont en train de filmer. En résulte un mélange vertigineux de réel et de virtuel. Van der Auwera en sonde le vide comme on jetterait une pierre dans un puits.On le sait, la question de la transparence obsède l'époque: tout savoir sur tout le monde à tout moment. Est-ce la recette du bonheur? Rien de moins sûr comme le théorise le philosophe Byung-Chul Han qui fait du droit à vivre dans l'ombre une forme de résistance. Autour de cette trame urgente et passionnante, le Wiels réunit sept artistes dont, pour la majorité, le travail n'a pas encore été exposé dans un cadre institutionnel. Le tout pour des oeuvres déconstruisant les stéréotypes au profit d'une réalité alternative. Ce sont des compositions colorées et percutantes qui signent l'univers visuel de Franz Ackermann, artiste allemand obsédé par les thématiques du voyage et du déplacement. Pour ce nouvel accrochage à la galerie Templon, le plasticien qui vit entre Berlin et Karlsruhe confronte l'architecture à l'urbanisme par le biais de cartographies mentales panachant sensations et souvenirs. C'est plus précisément le concept de "maison" qui retient son attention. Il l'envisage à la façon d'un objet "à la fois physique et psychique, métaphore de l'individu, de ses aspirations et de son rapport au monde". Non sans pointer l'endroit précis où le bât blesse: l'exposition interroge en creux la frilosité de nos sociétés européennes où s'évapore, lentement mais inexorablement, le sens de l'hospitalité et du partage.Au centre de cette exposition, un dispositif qui ne laisse pas indifférent: une sculpture-habitat de Thierry De Cordier qui renvoie, selon les références du visiteur, à une étrange vanité ou à une ruche en forme de forge poétique. Tout autour sont déployés des artistes -Ricardo Brey, Jean-Marie Bytebier, Fabrice Samyn, Sarkis, Daniel Turner, José María Sicilia, Maurice Blaussyld...- gagnés à l'idée que la création plastique est, peut-être paradoxalement, davantage affaire d'invisible que de visible.Cela faisait une dizaine d'années que l'oeuvre de Marcel Broodthaers n'avait plus eu les honneurs d'une exposition majeure dans son pays natal. Urgence il y avait donc, surtout quand on constate l'aura internationale sans cesse grandissante autour de ce plasticien atypique. Imaginé en compagnie de la très culte galerie Wide White Space, le propos promet un large aperçu des stratégies médiatiques et des thématiques chères à un artiste entré dans le champ des arts plastiques alors qu'il rêvait de poésie.