Dans l'imaginaire collectif, le tampon est cet outil sans âme apposant la légitimité pré-numérique. Avec l'avènement de la biométrie, le fameux "cachet de la poste faisant foi" a perdu de sa superbe. Bien fait pour sa gueule: le voici à poil.
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Dans l'imaginaire collectif, le tampon est cet outil sans âme apposant la légitimité pré-numérique. Avec l'avènement de la biométrie, le fameux "cachet de la poste faisant foi" a perdu de sa superbe. Bien fait pour sa gueule: le voici à poil. Cette obsolescence ne pouvait que séduire Vincent Sardon (Bayonne, 1970), artiste visuel ayant fait ses débuts dans la BD. Volontiers anarchiste et frère d'armes de tous les désabusés, l'intéressé en a redoré le blason encré en s'inventant "tampographe", un cas unique, au milieu des années 90. Tampographe? Oui, l'homme imagine des tampons à mille lieues de leur vocation initiale. Ses modèles fustigent l'époque sans complaisance. Ils sont frappés au coin de l'humour ("Coiffes de nos provinces: le mulet"), de la vulgarité ("Retourne dans le con de ta mèr"), de l'esprit grinçant ("T'étais moins con quand tu buvais"), de la déprime ("Encore raté"), voire de la provocation (" Peloteur de stagiaires") ou de la méchanceté ("Les enfants laissés sans surveillance seront vendus au cirque"). On en passe et des meilleures. Son dernier ouvrage, Chroniques de la rue du repos, du nom de l'emplacement de sa boutique parisienne avant qu'il ne s'installe à la campagne, déroule ses humeurs et ses créations de 2013 à aujourd'hui. Il confesse: "J'ai tout conservé. Même des plaisanteries périmées sur François Hollande. Je les ai gardées par souci d'exactitude archéologique et par nostalgie pour cette époque lointaine qui me semble, vue depuis le fond de seau à merde où nous barbotons désormais, étonnamment désirable". Le ton est donné de cet ouvrage inventif, drôle, cruel et foutraque qui - c'est salutaire - garantira un peu de mauvais esprit sous le sapin.