"Bienvenue à la maison." Ces mots, dans la bouche du directeur Michael Delaunoy, étaient simples, mais chargés d'émotion et suivis d'applaudissements nourris. Ce jeudi 5 septembre, le Rideau de Bruxelles célébrait officiellement l'ouverture de sa nouvelle implantation, au numéro 7A de la rue Goffart, à Ixelles, après des années d'errance et d'obstacles à surmonter, quand en 2010 il se vit éjecté du petit théâtre du Palais des Beaux, qui l'avait hébergé quasiment depuis sa fondation en 1943 par Claude Etienne.
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"Bienvenue à la maison." Ces mots, dans la bouche du directeur Michael Delaunoy, étaient simples, mais chargés d'émotion et suivis d'applaudissements nourris. Ce jeudi 5 septembre, le Rideau de Bruxelles célébrait officiellement l'ouverture de sa nouvelle implantation, au numéro 7A de la rue Goffart, à Ixelles, après des années d'errance et d'obstacles à surmonter, quand en 2010 il se vit éjecté du petit théâtre du Palais des Beaux, qui l'avait hébergé quasiment depuis sa fondation en 1943 par Claude Etienne. "Bienvenue à la maison": on sent le soulagement après le parcours du combattant que traverse tout candidat à une rénovation, le retour au port après la tempête, le réconfort après l'effort. Et l'envie de partager tout ce qu'il y aura à offrir entre ces murs.En ce jour d'ouverture officielle, avant un week-end festif fait de musique, de visites, d'ateliers et de spectacle (Bon débarras!, pour tous à partir de 8 ans), ils sont tous là, sur la scène parsemée de sièges divers: les deux maîtres de cérémonie, Michael Delaunoy et la secrétaire générale Catherine Briard, ont bien mérité les deux transats; la ministre de la Culture de la FWB Alda Greoli, qui fera probablement ici son dernier discours dans cette fonction, a droit à un fauteuil en cuir, tout comme Kélountang Ndiaye, échevin ixellois de la culture dont on apprendra qu'il a été acteur au Rideau pour le metteur en scène Frédéric Dussenne (dans Quai Ouest de Koltès, en 1995); le bourgmestre d'Ixelles, Christos Doulkeridis, doit se contenter d'une chaise, moins confortable mais plus haute que les autres. Puis il y a l'architecte Stéphane Damsin, du bureau Ouest Architecture, qui a remporté là son premier concours public et qui a su faire entrer la lumière naturelle partout dans le lieu, tout en préservant le voisinage du bruit. Il y a le directeur technique Raymond Delepierre, qui soulignera à juste titre la nouvelle vie ici donnée à des éléments recyclés, comme les ponts techniques du Pathé Palace, les sièges du Bottelarij, les luminaires du labo de dissection animale de l'Université de Gand, ou encore des miroirs et des baffles acquis via l'entreprise de récupération Rotor DC. Il y a des représentants de Thomas & Piron Rénovation, entreprise en charge du chantier, qui offre les bulles de la réception. Il y a les membres du conseil d'administration, mené par son président Olivier Bastin, lui-même architecte, au bureau L'Escaut, ("Méfiez-vous du Rideau, dira-t-il, c'est une passion dévorante, on ne peut qu'en tomber amoureux"). Et puis il y a l'équipe, que l'on sent soudée, heureuse, qui comme Ulysse a fait un long voyage. On se partage la parole à un rythme soutenu, les remerciements pleuvent, ça sent la fête.C'est dans ce qui fut une charbonnerie -quelques traces en persistent, comme la mangeoire des chevaux servant aujourd'hui d'évier dans les toilettes- puis un garage de voitures américaines d'occasion, puis une salle de spectacle (le Théâtre de Banlieue, puis le XL Théâtre), que le Rideau met enfin pied à terre. La salle a été rehaussée et déroule 12 mètres d'ouverture de scène pour une jauge de 155 places (contre 127 avant la rénovation). Un patio clôt l'ancienne cour, articulant entrée, salle, salon et bar, tandis que les étages accueillent des bureaux, des loges sous le toit à la belle charpente apparente et un foyer flambant neuf. L'ensemble est cohérent, chaleureux, stylé sans être ostentatoire.La commune d'Ixelles, propriétaire du bâtiment, a conclu avec le Rideau un bail emphytéotique d'une durée de 27 ans. Ce qui signifie qu'il fêtera ici son centenaire. Rendez-vous en 2043.