Dans cette période sombre surgissent parfois des petites lueurs auxquelles s'accrocher. Des démarches inédites, des élargissements du regard déclenchés en ce temps d'arrêt forcé des arts de la scène. Ainsi, un nouveau projet à long terme a vu le jour dans la Cité ardente: Liège Danse DiverCity, qui vise un agrandissement de l'éventail de la danse présente au Théâtre de Liège. "Ce projet s'inscrit dans la continuité de Place aux artistes, l'opération montée cet été avec la Province et la Ville, en collaboration avec le réseau associatif et culturel liégeois, sur la mise en évidence de la créativité artistique du territoire, tous secteurs confondus, retrace Pierre Thys, directeur adjoint et responsable de la programmation danse du Théâtre de Liège. Pendant tout l'été, des artistes d'origines et d'horizons différents se sont produits au fil de 80 (mini)spectacles donnés sur quatre places publiques de la ville."
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Dans cette période sombre surgissent parfois des petites lueurs auxquelles s'accrocher. Des démarches inédites, des élargissements du regard déclenchés en ce temps d'arrêt forcé des arts de la scène. Ainsi, un nouveau projet à long terme a vu le jour dans la Cité ardente: Liège Danse DiverCity, qui vise un agrandissement de l'éventail de la danse présente au Théâtre de Liège. "Ce projet s'inscrit dans la continuité de Place aux artistes, l'opération montée cet été avec la Province et la Ville, en collaboration avec le réseau associatif et culturel liégeois, sur la mise en évidence de la créativité artistique du territoire, tous secteurs confondus, retrace Pierre Thys, directeur adjoint et responsable de la programmation danse du Théâtre de Liège. Pendant tout l'été, des artistes d'origines et d'horizons différents se sont produits au fil de 80 (mini)spectacles donnés sur quatre places publiques de la ville." En particulier dans le domaine de la danse: "Ces artistes ont éveillé notre regard par la vivacité de leur création et leur volonté de présenter des formes particulières, des artistes qui étaient peu connus du public de l'institution, et peu présents sur nos plateaux. Ce sont des gens qui vivent dans la même ville, qui créent de manière active, mais que, finalement, on ne connaît pas et on ne voit pas. On s'est dit qu'il était temps de leur donner la visibilité qu'ils méritent et de travailler avec eux à une structuration et une professionnalisation de leur pratique, avec un véritable encadrement à la production, à la technique et à la diffusion." Quatre danseurs-chorégraphes ont été invités à rejoindre cette première étape du projet: Hendrick Ntela, spécialiste du krump (cette branche hyperexpressive du hip-hop, mixée avec succès à l'opéra Les Indes galantes de Rameau par Clément Cogitore), danseuse et pédagogue au sein du collectif féminin One Nation Crew ; Dounia Devsena Chaoui, Marocaine d'origine et passionnée par les danses indiennes, en particulier par le style Bollywood ; Karim "Kriman" Benbella, breakeur qu'on a pu voir notamment sur scène aux côtés du groupe Starflam et fondateur de la compagnie Planet Entertainment ; et Simone Gomis, formée au Sénégal à l'Ecole des Sables de Germaine Acogny (elle-même élève de Béjart et pionnière de la danse contemporaine en Afrique), pratiquant l'afrocontemporain dans un mélange unique et personnel de danses traditionnelles, de modern jazz, de classique et de danses urbaines. "Ce projet va me permettre de montrer aux Liégeois que j'existe, affirme cette dernière, qui a notamment fait le tour du monde dans la version du Sacre du Printemps de Heddy Maalem. Je danse depuis bientôt vingt-cinq ans et j'habite à Liège depuis presque vingt ans et ma compagnie, Tenane, que j'ai fondée en 2007 avec mes trois petites soeurs, est plus connue à l'étranger qu'ici." Comment expliquer cette méconnaissance? Plusieurs facteurs entrent en jeu. Notamment la naissance et le développement de ces danses "en rue", ou, en tout cas hors, de l'institution ; l'absence quasi généralisée de filières de formation pour ce type de danses dans les établissements officiels ; un mode de transmission basé sur la copie, qui encourage le dépassement virtuose du modèle mais pas vraiment la création chorégraphique ; ou encore la question du format des spectacles puisque, par exemple, les danses hip-hop se pratiquent généralement sur des durées courtes, comme lors des battles. Mais l'attitude des programmateurs des salles de spectacle est, elle aussi, à mettre en cause. "Il y a clairement un manque de regard de la part de l'institution sur ce type de pratiques et d'écritures chorégraphiques. Parce que notre théâtre est plutôt centré sur la danse contemporaine, qui fait partie des missions de notre contrat-programme, admet Pierre Thys. Même si les danses urbaines commencent à imprégner nos programmations, tout cela questionne le pouvoir légitimant de l'institution quant aux disciplines et aux esthétiques, et pose des questions fondamentales sur la définition de l'art, la notion de création, la culture populaire et la diversité culturelle." Bénéficiant d'une subvention dans le cadre de l'appel à projets Un Futur pour la Culture lancé par la ministre Bénédicte Linard, les quatre chorégraphes de Liège Danse DiverCity devraient - si le coronavirus le permet - présenter une première étape de travail en mai, et aboutir à la création de quatre vrais spectacles à l'hiver 2022, dans le cadre du festival Pays de Danses. "C'est le moment de faire se rencontrer les publics, de montrer qu'il y a d'autres univers dans la danse, se réjouit Simone Gomis. Je pourrai enfin me faire connaître là où je vis."