Voyez Odilon Redon quand il observe les lèvres d'un coquillage joliment dénommé "lambi", Giorgia O-Keeffe quand elle caresse du regard les pétales blanches d'un arum ou encore voici des siècles lorsque Wilhelm Kalf, après avoir enlevé l'écorce d'un citron, s'émerveille devant les scintillements du fruit mis à nu.

Si la nature morte relève d'un genre séculaire, certains matériaux, la faïence, la terre vernissée, le cuivre et surtout le verre attirent particulièrement l'oeil du peintre. Et de citer Sebastien Stoskopff, Pieter Claesz, Torrentius au XVIIe ou encore Fantin-Latour deux siècles plus tard. Aujourd'hui, seul dans son atelier berlinois, René Wirths fait de même et comme eux, évite d'ajouter à son observation, une gestuelle qui l'éloignerait de l'essentiel : l'invisible pas à pas dévoilé.

Ainsi donc, loin de copier une photographie qui ne retient de l'objet que son apparence appauvrie, il renoue avec le face à face et le détail, traque le moindre reflet, la plus petite nuance chromatique qui rend compte des influences de la lumière (la couleur relative aurait dit Signac) sur le relief, la translucidité, les transparences.

Toujours le même motif : un verre à fond plein rempli aux deux tiers d'un liquide qui va du lait à l'encre noire. Voilà le point de départ. En modifiant l'échelle (les toiles en format portrait de 110 x 100) la surface du verre se découvre d'une infinie richesse. D'abord dégrossi à larges coups de brosse, le motif se précise peu à peu, gagnant, en régularités, des géométries inattendues et des subtilités tracées au pinceau de quelques poils.

On reste médusé pourvu qu'on accorde du temps au temps. Ainsi, il y avait "tout cela" dans le spectacle d'un verre de lait ? La figure posée sur un fond monochrome se dresse ainsi, frontale, intemporelle et épargnée de toute forme d'usure. L'air tout autour, qui aurait troublé la précision des gestes en réclamant alors, une touche plus libre, ne l'atteint pas.

Du coup, le tableau gagne en "minimalisme" dans le sens où l'objet peint renvoie à la célèbre tautologie de Frank Stella : "Vous voyez ce que vous voyez". Quant à l'idée d'une série réalisée en répétant les mêmes formats, elle pourrait, une fois exposée, comme en ce moment dans la galerie Templon, évoquer l'esthétique documentaire de la photographie allemande depuis les Becher.

Elle pourrait aussi rappeler l'esthétique de Donald Judd et du coup, élever le propos vers le conceptuel. Mais, si le peintre confie son admiration pour cette forme d'art, il préfère néanmoins titrer l'ensemble "Beatbox" et renvoyer ainsi aux "boîtes rythmiques" des années 80, la musique et... l'âge de sa jeunesse. Clin d'oeil d'un quinquagénaire ou sourire du sage?

Bruxelles, Galerie Templon. 13A rue Veydt à 1060 Saint-Gilles. Jusqu'au 21 décembre. Du mardi au samedi de 11h à 18h. Site : templon.com