Cela fait plus de dix ans qu'il passe ici tous les étés à traquer juste avant le lever du soleil ou, le soir, quand le soleil s'est couché mais que la nuit n'est pas encore arrivée, ces quelques rares minutes de "l'heure bleue". La mer alors semble boire le ciel à moins que ce ne soit ce dernier qui, effaçant toute ligne d'horizon, offre au coloriste, des teintes aussi profondes que subtilement nuancées. Plus de dix ans qu'il multiplie les études de ciels et les travaux préparatoires à de grandes compositions comme celle qu'il imaginera à partir de cette photographie. L'oeuvre naîtra d'un long mûrissement et de multiples ajustements.

Dans l'exposition rétrospective que consacre au peintre le musée Marmottan à Paris, le visiteur peut confronter le document photographique de départ et l'oeuvre aboutie. Les différences relèvent du détail. Le bras retenant la longue robe se fixera désormais à la taille, la ceinture de soie noire deviendra jaune comme le chapeau, l'ombrelle dont la présence se devine, se fera plus présente, les robes, dont la blancheur est légèrement différente sur le cliché, seront d'une lumière égale dans le tableau... Ces infimes modifications donnent cependant au couple de promeneuses, une dimension romantique qui avive autour d'elles et pour reprendre les mots du peintre, "la force divine dont la nature est investie." Mais cela n'aurait pas suffi. Encore fallait-il choisir la place qu'occuperait cette zone de blancheur dans l'espace du tableau, l'importance qu'elle aurait dans le rapport entre la plage où les traces de pas laissées par d'autres jouent aussi un rôle essentiels et les bleus intenses de l'eau et de l'air dont les subtils écarts chromatiques se dissolvent sous nos yeux.

D'autres peintres, en cette même fin du XIXe siècle, auront été séduits par l'atmosphère particulière qui imbibe d'une aura de mystère les lieux à l'heure bleue. Elle mène Odilon Redon aux rives de l'introspection, s'impose à Fernand Khnopff lors de son séjour dans le hameau de Fosset, séduit Degouve de Nuncques au parc de Bruxelles ou encore Maximilen Luce face aux terrils de charbonnage. Mais il fallait être plus au nord, là où la lumière se fait davantage cristalline pour voir ces crépitements silencieux de bleus, que Peder Severin Kroyer perçoit qui, en retour, associe une forme de romantisme germanique et une approche naturaliste en partie redevable à son admiration pour l'oeuvre du Français Jules Bastien Lepage.

Musée Marmottan. 2, rue Louis Boilly (M° Muette) à Paris. Jusqu'au 26 septembre. Tous les jours sauf lundi de 10h à 18h. Jeudi jusqu'à 20h. Réservation souhaitée mais pas obligatoire. www.marmottan.fr

Légende : Soirée calme sur la plage de Skagen, 1893. Skagen, Skagen Kunstmuseer. C Art Museum of Skagen

Cela fait plus de dix ans qu'il passe ici tous les étés à traquer juste avant le lever du soleil ou, le soir, quand le soleil s'est couché mais que la nuit n'est pas encore arrivée, ces quelques rares minutes de "l'heure bleue". La mer alors semble boire le ciel à moins que ce ne soit ce dernier qui, effaçant toute ligne d'horizon, offre au coloriste, des teintes aussi profondes que subtilement nuancées. Plus de dix ans qu'il multiplie les études de ciels et les travaux préparatoires à de grandes compositions comme celle qu'il imaginera à partir de cette photographie. L'oeuvre naîtra d'un long mûrissement et de multiples ajustements. Dans l'exposition rétrospective que consacre au peintre le musée Marmottan à Paris, le visiteur peut confronter le document photographique de départ et l'oeuvre aboutie. Les différences relèvent du détail. Le bras retenant la longue robe se fixera désormais à la taille, la ceinture de soie noire deviendra jaune comme le chapeau, l'ombrelle dont la présence se devine, se fera plus présente, les robes, dont la blancheur est légèrement différente sur le cliché, seront d'une lumière égale dans le tableau... Ces infimes modifications donnent cependant au couple de promeneuses, une dimension romantique qui avive autour d'elles et pour reprendre les mots du peintre, "la force divine dont la nature est investie." Mais cela n'aurait pas suffi. Encore fallait-il choisir la place qu'occuperait cette zone de blancheur dans l'espace du tableau, l'importance qu'elle aurait dans le rapport entre la plage où les traces de pas laissées par d'autres jouent aussi un rôle essentiels et les bleus intenses de l'eau et de l'air dont les subtils écarts chromatiques se dissolvent sous nos yeux. D'autres peintres, en cette même fin du XIXe siècle, auront été séduits par l'atmosphère particulière qui imbibe d'une aura de mystère les lieux à l'heure bleue. Elle mène Odilon Redon aux rives de l'introspection, s'impose à Fernand Khnopff lors de son séjour dans le hameau de Fosset, séduit Degouve de Nuncques au parc de Bruxelles ou encore Maximilen Luce face aux terrils de charbonnage. Mais il fallait être plus au nord, là où la lumière se fait davantage cristalline pour voir ces crépitements silencieux de bleus, que Peder Severin Kroyer perçoit qui, en retour, associe une forme de romantisme germanique et une approche naturaliste en partie redevable à son admiration pour l'oeuvre du Français Jules Bastien Lepage.Légende : Soirée calme sur la plage de Skagen, 1893. Skagen, Skagen Kunstmuseer. C Art Museum of Skagen