Loin des images figuratives tant et tant colportées aujourd'hui, elle inscrit son écriture dans la grande tradition flamande associant selon les sujets (des végétaux, un crâne, des ailes de papillon...) la manière lisse et les empâtements, la fulgurance d'un tracé et la patience de ponctuations perlées, la gestion de lumières projetées et ces autres émanant des fonds.

Il s'en dégage une sensualité qui a tout pour attiser, attirer et retenir le regard. Mais aussitôt, s'infiltre dans la contemplation, un malaise, une atteinte quasi physique associée à un sentiment de répulsion née d'un détail, une association entre deux signaux que rien ne devrait rapprocher comme lorsqu'elle pose une mouche au coeur d'une huître offerte. Ici, le rose par sa texture relève du caractère délicat d'un fruit, d'une fleur en bouton. Mais, dessous, la teinte vire au sang et le dessin possède alors quelque chose d'organique plus proche de la viande que de la botanique.

Certes, l'abeille butine. La scène est idyllique. Sauf qu'elle butine un chewing-gum et aussitôt l'information retenue (le titre nous y conduit), le sens de la composition bascule et nous provoque. En cela, Cindy Wright s'inscrit dans une autre tradition, celle des Courbet et autres réalistes révolutionnaires qui loin du naturalisme placide ou de l'hyperréalisme mécanique, loin aussi des dénonciations à sens unique, inscrit son combat à la fois dans la réalité du quotidien et l'aire sacrée et hédoniste de la contemplation.

A l'heure où le futur des finitudes annoncées fait consensus, Cindy Wright nous rappelle ainsi que certaines peintures, comme le répétait Picasso, ne sont pas faites pour décorer nos appartements. Même si... La puissance de telles oeuvres est ici renforcée par leur mise en scène dans les chambres, salles de bain, couloirs, bibliothèques, greniers et cuisines du si inquiétant château de Gaasbeek.

Ill c de l'artiste.