Comme dans la plupart des assemblages de la période surréaliste, l'énigme de l'oeuvre initialement intitulée "Object to be destroyed" tient dans l'association de deux termes que rien, en apparence ne relie. Sauf que cette fois, chacun des éléments et même le titre, renvoient non pas au domaine du rêve mais à la vie même du créateur américain. En effet, à ses débuts de peintre, Man Ray avait placé un métronome dans l'atelier : "Son bruit de tic tac expliquait-il, régulait la fréquence et le nombre de mes coups de pinceau.

Plus cela allait vite, plus je peignais vite ; et si le métronome s'arrêtait, alors je savais que j'avais peint pendant trop longtemps, et j'en concluais que ma peinture n'était pas bonne et je la détruisais." Mais, poursuivait-il, "un peintre a besoin d'un public. Alors, j'ai attaché une photo d'un oeil au bras oscillant pour créer l'illusion d'être regardé pendant que je peignais."

C'était en 1923. Mais l'histoire ne s'arrête pas là puisque dix ans plus tard, dévasté par sa rupture avec la photographe Lee Miller dont il avait fait son assistante alors qu'il gagnait la célébrité par ses photographies de mode, il achète un autre métronome et selon le même mode, attache cette fois au balancier, la photographie de l'oeil de celle qui avait été son modèle autant que sa muse tout en livrant ce conseil à tous les éconduits : "Découpez l'oeil de la photo de celle qui a été aimée, fixez le et réglez le poids en fonction du tempo souhaité. Continuez jusqu'à la limite de l'endurance puis, avec un marteau, visez bien et détruisez le tout d'un seul coup."

En 1957, lors d'une exposition Dada à Paris, l'oeuvre est volée par des étudiants en colère et aussitôt appelé par l'artiste "Indestructibe Object". En effet, avec la collaboration de l'artiste Daniel Spoerri, créateur des éditions MAT (multiplication d'art transformable), il va décider en 1965 de l'éditer en cent exemplaires numérotés et signés. Parallèlement, entre 1962 et 1969, sous l'impulsion du galeriste et éditeur Marcel Zerbib, Man Ray revient sur cette idée des multiples et réunit sous le titre générique "Les objets de mon affection", une quinzaine de ses assemblages réalisés depuis 1917 dont le célébrissime fer à repasser à la semelle duquel avaient été fixés quatorze clous.

L' "Indestructible Object" et d'autres de ces multiples sont réunis dans une exposition qui rend aujourd'hui hommage, non seulement à cette part de l'oeuvre qui aura été longtemps sous-estimée au profit de la création photographique mais aussi au travail d'un marchand d'art qui avait collaboré avec le gratin des artistes et poètes du temps comme Max Ernst, Hans Bellmer, Henri Michaux, Robert Desnos, Giacometti ou encore André Breton. Notons dans une seconde partie du parcours, un ensemble de pièces du surréaliste belge Marcel Marien.

Bruxelles, Galerie Maruani et Mercier. 430 avenue Louise. Jusqu'au 20 mars. Du lundi au samedi de 11h à 18h.

Comme dans la plupart des assemblages de la période surréaliste, l'énigme de l'oeuvre initialement intitulée "Object to be destroyed" tient dans l'association de deux termes que rien, en apparence ne relie. Sauf que cette fois, chacun des éléments et même le titre, renvoient non pas au domaine du rêve mais à la vie même du créateur américain. En effet, à ses débuts de peintre, Man Ray avait placé un métronome dans l'atelier : "Son bruit de tic tac expliquait-il, régulait la fréquence et le nombre de mes coups de pinceau. Plus cela allait vite, plus je peignais vite ; et si le métronome s'arrêtait, alors je savais que j'avais peint pendant trop longtemps, et j'en concluais que ma peinture n'était pas bonne et je la détruisais." Mais, poursuivait-il, "un peintre a besoin d'un public. Alors, j'ai attaché une photo d'un oeil au bras oscillant pour créer l'illusion d'être regardé pendant que je peignais." C'était en 1923. Mais l'histoire ne s'arrête pas là puisque dix ans plus tard, dévasté par sa rupture avec la photographe Lee Miller dont il avait fait son assistante alors qu'il gagnait la célébrité par ses photographies de mode, il achète un autre métronome et selon le même mode, attache cette fois au balancier, la photographie de l'oeil de celle qui avait été son modèle autant que sa muse tout en livrant ce conseil à tous les éconduits : "Découpez l'oeil de la photo de celle qui a été aimée, fixez le et réglez le poids en fonction du tempo souhaité. Continuez jusqu'à la limite de l'endurance puis, avec un marteau, visez bien et détruisez le tout d'un seul coup." En 1957, lors d'une exposition Dada à Paris, l'oeuvre est volée par des étudiants en colère et aussitôt appelé par l'artiste "Indestructibe Object". En effet, avec la collaboration de l'artiste Daniel Spoerri, créateur des éditions MAT (multiplication d'art transformable), il va décider en 1965 de l'éditer en cent exemplaires numérotés et signés. Parallèlement, entre 1962 et 1969, sous l'impulsion du galeriste et éditeur Marcel Zerbib, Man Ray revient sur cette idée des multiples et réunit sous le titre générique "Les objets de mon affection", une quinzaine de ses assemblages réalisés depuis 1917 dont le célébrissime fer à repasser à la semelle duquel avaient été fixés quatorze clous. L' "Indestructible Object" et d'autres de ces multiples sont réunis dans une exposition qui rend aujourd'hui hommage, non seulement à cette part de l'oeuvre qui aura été longtemps sous-estimée au profit de la création photographique mais aussi au travail d'un marchand d'art qui avait collaboré avec le gratin des artistes et poètes du temps comme Max Ernst, Hans Bellmer, Henri Michaux, Robert Desnos, Giacometti ou encore André Breton. Notons dans une seconde partie du parcours, un ensemble de pièces du surréaliste belge Marcel Marien. Bruxelles, Galerie Maruani et Mercier. 430 avenue Louise. Jusqu'au 20 mars. Du lundi au samedi de 11h à 18h.