Comment dire et réparer les blessures du monde et d'abord les siennes propres ? La présence dans les oeuvres d'ailes aux chevilles d'Hermes ou celles d'oiseaux morts recueillis disent assez le rêve de vol et le destin d'Icare qui habitent (hantent) l'artiste.

La clé pourrait se trouver dans les phrases et les mots de certains textes choisis par le hasard et la nécessité. Michèle Grosjean s'y abreuve et convoque à ses repas, Platon et Hermès Trismégiste, les héros de la Grèce antiques et les dieux égyptiens, Edgar Poe et Mallarmé, la mélancolie et le surréalisme.

Aujourd'hui, alors qu'une rétrospective révèle le cheminement, une oeuvre étonne par son sujet : une enfant. Une petite fille surgissant frontalement, le corps carapaçonné dans le rouge de la jupe en cloche et le corsage noir. Seule la collerette en dentelle blanche sauve les apparences d'une petite fille modèle, docile et souriante. De sa séduisante chevelure, il ne demeure que le crâne rasé ses yeux sont noyés par la noirceur et son cri est effacé, gommé, aspiré. Pourtant, on retient d'abord l'agressivité du geste et les lames dentelées aux extrémités de bras improbables dont la lettre "H" s'est emparée.

L'actualité s'insinue alors dans le propos vengeur et l'oeuvre pourrait rejoindre la catégorie de l'illustration s'il n'y avait, dans cet arrière-pays que le poète Yves Bonnefoy a si bien évoqué, un questionnement qui a toujours transformé le savoir (somme toute rationnel) en connaissance. La petite fille modèle s'est réveillée.

Bruxelles, Maison Pelgrims. 69 rue de Parme. Jusqu'au 10 mars. Lundi-vendredi 13h30-16h30, samedi et dimanche 14h-18h. https://grosjaenmichele.wordpress.com