Dans le cas de Naveau, il serait même, au moment de la création des oeuvres, d'une ivresse joyeuse nées au contact de la terre glaise par les mains et l'outil. Car, à la différence de l'approche en taille directe, le modelage ne peut que construire l'oeuvre par addition depuis la base en s'élevant pas à pas.

Dans la tradition des bustes par exemple, les colombins sont ajoutés les uns aux autres depuis les épaules puis le cou, le menton et ainsi de suite jusqu'au sommet du crâne. La pratique peut s'avérer ludique dès qu'on quitte la représentation pour conquérir d'autres domaines. On songe aux constructions de Gaudi par exemple. "L'argile crée ses propres conditions, précise l'artiste flamande. A un certain moment, il n'y a plus de conflit avec la "chose" en formation. Elle se manifeste dans un bref moment de compréhension soudaine".

Cela pourrait renvoyer à l'onirisme des rêves et aux pratiques surréalistes de rencontres "fortuites". Mais, ajoute-t-elle, "il est important qu'une sculpture évoque la confusion". En cela, elle intègre davantage la culture rhizomatique de la post-modernité en jouant sur le surgissement de fragments issus aussi bien d'une gargouille de Notre-Dame, que d'un motif décoratif aperçu dans le quartier chinois de San Francisco, les oreilles de Mickey, l'univers naturel des coraux, une oeuvre baroque ou une autre venue du monde méso-américain.

Mais toute à cette "ivresse", l'artiste vise une plasticité sculpturale dont elle soigne les contours et les volumes, les zones d'ombres et les textures, les matériaux définitifs (plâtre, céramique, polyester) et les couleurs. Ensuite, viendra le temps du spectacle. Entendez, de la mise en scène des différentes pièces afin d'amplifier ce moment d'étourdissement comme dans l'ensemble proposé au musée sous le titre "Jouons-le à l'oreille".

Deurle, museum Dhondt-Dhaenens. Museumlaan 14. Du 13 octobre au 12 janvier. Du jeudi au dimanche de 10h à 17h. www.museumdd.be