Ce sont des fleurs flottant dans un espace assombri alors que déjà, les feuilles, dans un halo de fumées, paraissent déjà calcinées. Le bleu, le rouge et l'orange n'en portent dès lors que davantage la force du vivant. Mais alors que chez Odilon Redon, ces mêmes couleurs invitant à l'onirisme paisible, possédaient la richesse des pierres précieuses, celles de Bleckner jaillissent des ombres et des pâleurs et suggèrent un propos davantage lié à la menace de la mort. Et de se souvenir que l'oeuvre de l'artiste new-yorkais s'impose au moment où elle affronte la vague mortifère du sida.

Dans les années 1980, sur fonds noirs, les compositions constellées de petits points blancs (les globules blancs) ou rouges (le prurigo de la peau) évoquent avec rage et mélancolie, les symptômes de la maladie. Au fil des ans, de l'âge comme du monde, le peintre devenu plus solitaire, s'est rapproché d'une philosophie qui repose sur la loi de l'impermanence. Du coup, dans sa peinture, "pour accepter, écrit-il, la nature inexorable du changement, la couleur consolante sort de l'obscurité". Mais elle en sort riche d'une étrange lumière, "une lumière d'un autre monde poursuit-il, c'est-à-dire qui existe au niveau perceptif mais comporte également des connotations de quelque-chose dont nous avons besoin". Comme de celui du spectacle de la nature quand la minceur des pétales donne aux fleurs dans leurs rapports avec les rayons du soleil, le pouvoir de transcender la matière dont elles sont faites.

A ces instants, les fleurs existent et en même temps ne sont que des fééries chromatiques, des étoiles filantes, des illusions. Mais, en même temps, des éblouissements comme des appels vivifiants à mille lieues des "vanités" exprimées dans les bouquets de fleurs d'un Breughel de Velours ou encore du Hollandais Jan Van Huysum qui, à l'époque, rejoignaient les cabinets de philosophie. A leur place, Ross Bleckner suggère,ici, par le titre choisi, une réponse aux menaces qui est aussi un moyen de rejoindre la spiritualité : "respirez, expirez, répétez".

Bruxelles, Galerie Maruani Mercier. 430 avenue Louise. Du 9 septembre au 9 octobre. Tous les jours sauf dimanche de 11h à 18h. www.maruanimercier.com

Ce sont des fleurs flottant dans un espace assombri alors que déjà, les feuilles, dans un halo de fumées, paraissent déjà calcinées. Le bleu, le rouge et l'orange n'en portent dès lors que davantage la force du vivant. Mais alors que chez Odilon Redon, ces mêmes couleurs invitant à l'onirisme paisible, possédaient la richesse des pierres précieuses, celles de Bleckner jaillissent des ombres et des pâleurs et suggèrent un propos davantage lié à la menace de la mort. Et de se souvenir que l'oeuvre de l'artiste new-yorkais s'impose au moment où elle affronte la vague mortifère du sida. Dans les années 1980, sur fonds noirs, les compositions constellées de petits points blancs (les globules blancs) ou rouges (le prurigo de la peau) évoquent avec rage et mélancolie, les symptômes de la maladie. Au fil des ans, de l'âge comme du monde, le peintre devenu plus solitaire, s'est rapproché d'une philosophie qui repose sur la loi de l'impermanence. Du coup, dans sa peinture, "pour accepter, écrit-il, la nature inexorable du changement, la couleur consolante sort de l'obscurité". Mais elle en sort riche d'une étrange lumière, "une lumière d'un autre monde poursuit-il, c'est-à-dire qui existe au niveau perceptif mais comporte également des connotations de quelque-chose dont nous avons besoin". Comme de celui du spectacle de la nature quand la minceur des pétales donne aux fleurs dans leurs rapports avec les rayons du soleil, le pouvoir de transcender la matière dont elles sont faites. A ces instants, les fleurs existent et en même temps ne sont que des fééries chromatiques, des étoiles filantes, des illusions. Mais, en même temps, des éblouissements comme des appels vivifiants à mille lieues des "vanités" exprimées dans les bouquets de fleurs d'un Breughel de Velours ou encore du Hollandais Jan Van Huysum qui, à l'époque, rejoignaient les cabinets de philosophie. A leur place, Ross Bleckner suggère,ici, par le titre choisi, une réponse aux menaces qui est aussi un moyen de rejoindre la spiritualité : "respirez, expirez, répétez".