Alors que l'artiste hollandais, aujourd'hui septuagénaire, privilégie d'habitude les huis clos, nous voici en pleine nature, presque en plein ciel. La scène, comme toujours chez ce génie de l'inattendu condense avec un doigté chirurgical, la précision du dessin, le découpage des formes et les ruptures d'échelles, le tout dominé par un de ses ingrédients obsessionnels : la femme, dominatrice autant que provocatrice, prête à mordre et offerte au regard. Mais ici, cette héroïne, plutôt que d'être associée à un quidam, un chien, des objets en déséquilibre et des murs obliques, l'est à un gamin malingre, noir de cheveux comme le sont, à l'avant-plan, ceux de celle qui ici, n'est autre que la mère du footballeur. C'est que Pat Andrea ne se sent jamais aussi bien que lorsqu'il met en scène une histoire aux saveurs d'irréalité. Comme lorsqu'en 2005, il illustre l'aventure d'Alice au pays des merveilles qui, rappelons-le, débute par cette phrase: "Alice n'eut même pas le temps de songer à s'arrêter avant de se sentir tomber dans ce qui semblait être un puits profond.." Or, comme pour cette enfant ingénue, l'histoire de la star du ballon rond débute par une chute ou plutôt un envol vers l'inconnu. Et le héros a tout d'un personnage de conte de fée : il vit dans une famille pauvre, son père est alcoolique, il partage sa chambre avec ses deux soeurs et son frère dans une misérable maison de Funchal, soit sur une île au milieu de nulle part. En outre, rien ne le prédispose à son avenir. Il n'a pas le physique d'un sportif mais, sur le terrain de foot du club local, il est heureux et il va s'accrocher come à la seule bouée entrevue. Tant même qu'à onze ans, la décision est prise : il quittera sa famille pour rejoindre le Portugal, un pensionnat et le rêve d'entrer dans un grand club. Mais ce départ le terrifie, la solitude l'angoisse. Sauf que sa mère, le prend par la main et s'embarque avec lui. Tout est là, dans ce lien. Sa vie vient de basculer. Au centre de la composition mais en contrebas, Andrea dessine la maison de Madère d'où se dresse une cheminée dont on ne sait si elle évoque le désir de l'enfant ou le rêve de puissance du père qui fut le premier à jeter son fils dans le club local de foot. Et si les ombres indiquent la fin d'un jour, le corps de la mère (mais est-ce encore le sien ?), si jeune, si sexué, annonce un futur ivre de vie et de désirs. Demeurent les deux visages, l'un frontal, l'autre carnassier. Reste à chacun, souffle le peintre, le soin de poursuivre l'interprétation. Si l'oeuvre de Pat Andrea est internationalement reconnue de Paris à New-York, on peut aussi rappeler qu'à la suite d'une première exposition muséale à La Haye en 1968, c'est le critique belge Pierre Sterckx qui l'introduisit auprès de nos collectionneurs et ce, huit ans avant que Jean Clair, à son tour, l'introduise dans les milieux parisiens.

Bruxelles, Galerie Dys. , 84 rue de l'arbre bénit à 1050. Jusqu'au 10 novembre. Jeudi et Vendredi de 11h à 18h, samedi et dimanche de 14h à 18h. www.galeriedys.com

Légende : Pat Andrea L'enfance de Cristiano, 2017. C de l'artiste