Si, dès 2014, avec les seules armes de l'informatique et d'un art consumé des manipulations d'images, il visait le grincement jusqu'à l'excès, il joue cette fois l'art du minimum...apparent. De cette première période présentée en 2017, on se souvient de certaines images en mode provoc comme le portrait du Pape François dont la calotte blanche se métamorphose en carapace hérissée de pointes alors que de sa bouche, sort une larve d'insecte menaçant. Mais déjà, en s'approchant davantage, on percevait par exemple, les petites dents plantées sur l'intérieur des lobes de l'oreille ou encore, la peau de poisson en lieu et place de celle des joues. Phil Van Duynen n'a pas changé son mode opératoire. Il démarre sur un premier écran avec un crayon optique en construisant un dessin en traits continus dont il remplit les vides par diverses textures trouvées sur un second écran aussi bien dans l'histoire de l'art (les yeux de Mona Lisa pour l'un, la coiffe de L'homme au turban de Van Eyck pour un autre) que dans l'univers du végétal, de l'animal ou encore des tissus. Et tout y passe, aucune zone n'est épargnée. Mais dans les portraits d'aujourd'hui, l'illusion se fait plus impressionnante parce que beaucoup plus dissimulée. La pose, le choix des teintes en grisailles, le modèle lui-même (archétypique), induisent une distance et de là, une poétique plus profonde dont les rouages, la rythmique et les menaces n'apparaissent que peu à peu, superposant avec une délicatesse presque morbide, attirance et répulsion. Georges Bataille n'est pas loin : "Jouer, c'est mesurer le fond nauséeux des choses, c'est frôler la limite, aller le plus loin possible et vivre sur un bord d'abîme".

Bruxelles, Galerie Nardone. 27-19 rue Saint-Georges. Jusqu'au 4 mai. www.galerienardone.be