Avec la Covid, il semble aussi qu'il aie un rôle à jouer ans le monde des adultes qui les expose, comme à Saint-Gilles et Ixelles, derrière les fenêtres sur rue ou le met en scène dans le 13e arrondissement à Paris. Là, de grandes tailles, ils endossent des rôles divers que ce soit, dans les bistrots, les différents commerces voire, accrochés aux balcons des immeubles haussmanniens. Aussi doux que rondouillards, ces "Teddy Bears" sont aussi depuis toujours, les complices du compositeur et plasticien américain Charlemagne Palestine qui les récupère sur les marchés et leur offre de nouvelles apparences en patchwork. Par centaines, petits et grands, bruns ou couverts de tissus colorés, regroupés en triades monochromes, solitaires ou accompagnés d'autres doudous, c'est avec eux que le New-yorkais d'origine aujourd'hui septuagénaire imagine sa vie davantage que la production d'oeuvres et d'installations. C'est au critique d'art Jean-Pierre Van Tieghem que je dois d'avoir découvert l'univers de ce créateur juif installé depuis 1990 à Bruxelles. A l'époque, il vivait et dormait dans une grosse voiture américaine déjà squattée par d'innombrables Teddy Bears. Depuis, ils habitent dans sa maison, son atelier, tout comme les livres, les paires de souliers, les parapluies ou encore les chapeaux et les chiffons sur un mode "maximaliste". Parfois, ils se déplacent vers un lieu et se voient disposés par le plasticien, à la façon d'un rituel initiant ce qu'il appelle des "possibilités". On se souvient des salles et couloirs de Bozar remplies à ras-bords voici deux ans par ces intrus debout, assis, couchés, en file ou en tas. L'excès autant que l'usure, voire l'odeur de ces peluches produisaient à la fois étourdissements, sourires et nostalgies mais surtout nous rappelaient la réalité des puissances incarnées par l'aura puissante de ces peluches-fétiches. Cette fois, à Anvers, la scénographie, à l'inverse, donne aux "vides" entre les figures, un rôle essentiel de silences et de vibrations spatiales qui sont autant de voix sans parole, hors de l'artiste lui-même, comme les yeux d'un enfant ou les phrases de la Thora toujours et infiniment suggestives d'autres "histoires". Avec Charlemagne Palestine, initié aux grands mystères du sacré alors qu'enfant il avait rejoint la chorale d'une synagogue, on est aussi loin de l'art brut que de l'art conceptuel mais plus proche, au-delà de l'émotion, des sourires et des nostalgies, d'une quête inlassablement ravivée et qui aura fait écrire au critique Guillaume Tion du journal Libération qu'il s'agit là de l'oeuvre d'un "mystique d'une immaculée radicalité".

Anvers, Corridor Gallery. Leopoldstraat 52. Jusqu'au 18 octobre. Ve et Sa de 13h à 18h ou sur rdv. www.corridorgallery.be

Avec la Covid, il semble aussi qu'il aie un rôle à jouer ans le monde des adultes qui les expose, comme à Saint-Gilles et Ixelles, derrière les fenêtres sur rue ou le met en scène dans le 13e arrondissement à Paris. Là, de grandes tailles, ils endossent des rôles divers que ce soit, dans les bistrots, les différents commerces voire, accrochés aux balcons des immeubles haussmanniens. Aussi doux que rondouillards, ces "Teddy Bears" sont aussi depuis toujours, les complices du compositeur et plasticien américain Charlemagne Palestine qui les récupère sur les marchés et leur offre de nouvelles apparences en patchwork. Par centaines, petits et grands, bruns ou couverts de tissus colorés, regroupés en triades monochromes, solitaires ou accompagnés d'autres doudous, c'est avec eux que le New-yorkais d'origine aujourd'hui septuagénaire imagine sa vie davantage que la production d'oeuvres et d'installations. C'est au critique d'art Jean-Pierre Van Tieghem que je dois d'avoir découvert l'univers de ce créateur juif installé depuis 1990 à Bruxelles. A l'époque, il vivait et dormait dans une grosse voiture américaine déjà squattée par d'innombrables Teddy Bears. Depuis, ils habitent dans sa maison, son atelier, tout comme les livres, les paires de souliers, les parapluies ou encore les chapeaux et les chiffons sur un mode "maximaliste". Parfois, ils se déplacent vers un lieu et se voient disposés par le plasticien, à la façon d'un rituel initiant ce qu'il appelle des "possibilités". On se souvient des salles et couloirs de Bozar remplies à ras-bords voici deux ans par ces intrus debout, assis, couchés, en file ou en tas. L'excès autant que l'usure, voire l'odeur de ces peluches produisaient à la fois étourdissements, sourires et nostalgies mais surtout nous rappelaient la réalité des puissances incarnées par l'aura puissante de ces peluches-fétiches. Cette fois, à Anvers, la scénographie, à l'inverse, donne aux "vides" entre les figures, un rôle essentiel de silences et de vibrations spatiales qui sont autant de voix sans parole, hors de l'artiste lui-même, comme les yeux d'un enfant ou les phrases de la Thora toujours et infiniment suggestives d'autres "histoires". Avec Charlemagne Palestine, initié aux grands mystères du sacré alors qu'enfant il avait rejoint la chorale d'une synagogue, on est aussi loin de l'art brut que de l'art conceptuel mais plus proche, au-delà de l'émotion, des sourires et des nostalgies, d'une quête inlassablement ravivée et qui aura fait écrire au critique Guillaume Tion du journal Libération qu'il s'agit là de l'oeuvre d'un "mystique d'une immaculée radicalité". Anvers, Corridor Gallery. Leopoldstraat 52. Jusqu'au 18 octobre. Ve et Sa de 13h à 18h ou sur rdv. www.corridorgallery.be