La grande halle est plongée dans le noir. Dès l'entrée, un double tapis roulant invite le public à s'allonger le temps d'une pause contemplative, rendue à la fois agréable et anxiogène par le dispositif mis en place. Transporter de Lawrence Malstaf offre de pénétrer avec lenteur dans cette troisième édition de Visions, expérience numérique plurielle élaborée par les Halles de Schaerbeek. Glorification de l'ère "new tech" interactive et f...

La grande halle est plongée dans le noir. Dès l'entrée, un double tapis roulant invite le public à s'allonger le temps d'une pause contemplative, rendue à la fois agréable et anxiogène par le dispositif mis en place. Transporter de Lawrence Malstaf offre de pénétrer avec lenteur dans cette troisième édition de Visions, expérience numérique plurielle élaborée par les Halles de Schaerbeek. Glorification de l'ère "new tech" interactive et fusionnelle, à la réalité désincarnée mais ô combien augmentée? Pas forcément... Chacune à leur façon, les propositions des artistes et ingénieurs invités pour l'occasion brouillent les piste: "Les dispositifs présentés travaillent la fragmentation, l'impossible recueil d'une totalité toujours en fuite, ou bien l'échappée de la globalité d'une scène, la polymorphie des pratiques et des fantasmes qui se nouent autour d'un objet porteur d'un rituel commun, le hors-champ et le montage", explique Christophe Galent, directeur du lieu. Partout, d'infimes écarts de perception, de subtiles échappées rendent la totalité de l'oeuvre insaisissable, à moins peut-être d'y passer la journée! Qu'elles soient hautement technologiques (Fragmentation / Double District) ou plus poétiques (Safar et Sajada / Le lien), les propositions se répondent en sous-texte, sur la pointe des pixels. Confrontant de tout jeunes artistes avec de grands noms comme Jean Michel Bruyère -dont l'installation panoramique en 3D éblouit autant qu'elle écrase-, Visions convoque le mythe et le sacré pour dire la beauté du monde à la fois morcelé et global dans lequel nous avançons, souvent aveuglés, à l'instar de l'ouragan en polystyrène dans lequel nous plonge Lawrence Malstaf -encore lui!- pour nous hypnotiser. Violence méditative, sensualité du chaos: qui résisterait à la tentation de pénétrer au coeur de la tempête, sachant qu'ici tout est fake et le risque, inexistant? Voilà sans doute la plus belle des illusions qui nous est suggérée, celle où nous pouvons à la fois agir et regarder, nous regarder, confortablement installés, pénétrer dans l'oeil du cyclone sans danger.